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Acquisition de la propreté : pourquoi il ne faut plus brusquer les enfants selon une psychomotricienne

La fameuse « acquisition de la propreté »… Ce terme que l’on entend à tous les coins de parc ou à l’approche de l’école maternelle fait frémir plus d’un parent… et parfois plus d’un pantalon ! Mais si l’on devait écouter la parole d’une psychomotricienne, il serait grand temps de revoir notre façon d’envisager cette étape, et – surprise ! – d’arrêter de brusquer les enfants dans ce processus évolutif avant tout naturel.

Plus qu’un apprentissage : une maturation spontanée

Appeler cette étape « acquisition de la propreté » est déjà, en soi, une vision un peu dépassée. Ce qu’on désigne par ce nom, c’est en fait le contrôle des sphincters : ces muscles bien discrets qui régulent l’ouverture et la fermeture de la vessie et de l’anus. Eh oui, derrière la question du pipi au pot, c’est un gros boulot de maturation neurologique qui se cache ! Pour la vaste majorité des enfants, tout ceci s’acquiert très naturellement, autour de 2 ans et demi à 3 ans. Toutes cultures confondues, c’est l’âge auquel cela se passe… que les parents soient interventionnistes ou qu’ils laissent couler.

Le vrai contrôle, c’est quand l’enfant est attentif à ses sensations intérieures, capable d’analyser ce qui se passe en lui et de décider quand il est temps d’aller aux toilettes – pas seulement parce qu’un adulte le suggère avec insistance. Il s’agit bel et bien d’un besoin physiologique, spontané et naturel, pas d’une lubie passagère !

Pourquoi vouloir précipiter les choses ?

Longtemps, dans nos sociétés, on a cru qu’il fallait dresser l’enfant, lui apprendre à être « propre » comme on l’enseigne à marcher ou à dire bonjour. Derrière cette idée planait même une nuance moralisatrice : il passait de sale à propre, l’humain rationnel sortant de son supposé état bestial. D’ailleurs, ne confond-on pas parfois “saleté” et “caca”, en répétant qu’une “saleté par terre, c’est caca” ?

Par peur que leur enfant ne soit pas prêt à temps pour l’école, certains adultes veulent agir de plus en plus tôt. On pense alors à donner des “habitudes”, voire à conditionner l’enfant, à grands renforts d’horaires de pot et de regards appuyés. Pourtant, à trop en faire, on fait parfois tout… à l’envers !

Le risque caché des bonnes intentions trop pressées

Respecter la maturation neuromotrice et psychique de l’enfant, c’est accepter que ce soit son histoire, son corps, son rythme. En l’accompagnant sans le précipiter, on l’aide à se repérer dans ses propres sensations. Sinon, l’enfant risque fort de croire qu’il faut contracter ses muscles… sauf quand l’adulte dit le contraire. Dans les cas extrêmes, certains n’osent plus rire, sauter ou même dormir, de peur de laisser « s’échapper » le contrôle : l’acquisition véritable est alors retardée, et les accidents se multiplient ! Résultat : un sentiment d’échec, de dévalorisation, une autonomie compromise… voire parfois des petits soucis de constipation.

Pour éviter ce scénario catastrophe, quelques pistes :

  • Respecter leur rythme moteur : Laisser les enfants explorer, grimper (mais pas faire de l’escabeau une discipline olympique à la crèche !) et bouger à leur guise, pour mieux prendre conscience de leurs sensations.
  • Respecter leur rythme psychique : Un jeune enfant met du temps à réaliser que son corps reste « entier » même s’il « perd » quelque chose (ses selles). Voilà pourquoi il peut paniquer devant la chasse d’eau ou à la piscine. Proposer des expériences de transvasement avec l’eau, le sable, c’est (vraiment) utile !
  • Les accompagner par les mots : Quand vous changez la couche, nommez simplement ce que vous faites. Exprimez que, s’il veut, il pourra aller sur le pot plus tard. Souvenez-vous : ce n’est pas son corps qui doit faire plaisir à l’adulte, c’est son aventure à lui !

Conclure sans se presser : l’art d’accompagner sans brusquer

Pour finir, adoptons le mantra suivant : l’enfant ne grandit pas pour répondre à nos attentes, il grandit parce qu’il découvre le monde, son corps et ses sensations – et tout cela, souvent, sans qu’on ait besoin de “travailler” à sa place. Alors, la prochaine fois que vous entendrez “l’acquisition de la propreté” sur une aire de jeux, souvenez-vous que sous ce terme un peu daté bat le cœur d’un processus spontané, intime, riche… et que l’accompagnement, ici, prime sur la précipitation. Et, avouons-le : vivre cette étape grâce à la confiance, c’est déjà leur apprendre à s’écouter pour la vie.