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Afghanistan : le sombre retour en arrière pour les filles, « les talibans veulent nous emmurer »

Privées d’école, mais pas d’espoir : en Afghanistan, les filles luttent contre l’effacement, armées d’un stylo et d’un sacré courage.

Un retour brutal en arrière : l’école, un rêve interdit

Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, le sort des jeunes Afghanes a été scellé à coups de décrets redoutés. Fini les parcs, la fête foraine, les salons de beauté… et surtout, finis les bancs du collège à partir de 12 ans ! Pour mieux comprendre cette réalité, imaginez Marya, 18 ans. Autrefois lycéenne brillante rêvant d’intégrer l’École polytechnique de Kaboul, elle est aujourd’hui professeure… mais dans la clandestinité, prise entre la peur constante de la police du vice et les espoirs de ses élèves cachées.

À Jalalabad, deux écoles secrètes ont été récemment fermées lors de raids talibans. Les familles, autrefois confiantes, sont réduites à la peur, les pères et oncles ayant été menacés de prison. Le constat de Marya est glaçant : « On comprend qu’ils veulent nous emmurer. »

Cours, Coran et ruses : la clandestinité comme système D

Le quotidien de ces écoles clandestines ressemble à un roman d’espionnage. Chaque élève arrive Coran en main, prête à prétendre qu’elle assiste à une madrasa – l’unique type d’école « autorisée » aux filles, et encore, dans certaines limites. Ces écoles prennent mille visages : à Kaboul, les plus chanceuses sont jusqu’à 150 réunies, ailleurs, cela se passe discrètement : cinq voisines dans une cuisine, ou une classe nichée dans le sous-sol usé d’un immeuble.

Chez Marya, 18 adolescentes étudient en silence sur un tapis rouge, surveillant le moindre bruit suspect. Trois heures de cours par jour, un livre pour quatre. Plus les filles grandissent, plus elles désertent, par peur d’être arrêtées ou, pire, d’attirer l’attention dans un pays où la majorité des talibans a moins de 25 ans… et cherche une jeune épouse. Les unions forcées avec des combattants se multiplient, relayées sur les réseaux sociaux – qui, soit dit en passant, sont presque les seuls à s’émouvoir.

Entre résistance quotidienne et isolement croissant

Selon l’ONU, il y aurait 15 000 écoles clandestines réparties sur le territoire, mais la répression s’accentue depuis le printemps 2023 : dans plusieurs provinces, cents d’entre elles ont été fermées, brutales conséquences sur l’accès déjà rare à l’éducation pour les filles. Le mouvement taliban centralise dorénavant son pouvoir, imposant sa ligne la plus dure, malgré les nuances internes pointées par des observatrices du pays.

Si le pays est paradoxalement plus sûr depuis la fin du conflit, la demande d’école dans les campagnes n’a jamais été aussi forte. Mais, au seuil des douze ans, pour cinq millions de jeunes filles, c’est rideau. Et pour cause : plus de cinquante décrets ont visé les Afghanes depuis août 2021. Pas seulement l’école : les places, le travail, les parcs, même mendier leur est désormais interdit.

Lueur de résistance : radio clandestine et puits de lumière

Malgré la noirceur ambiante, des interstices de liberté persistent. Radio Begum, fondée par Hamida Aman, diffuse des cours et programmes de soutien scolaire à destination des filles. Des professeures synchronisent leurs leçons sur la voix cristalline émise dans dix provinces. Parce que, comme le résume Hamida Aman, « les talibans interdisent l’école, pas l’éducation ».

Dans ce climat tendu – attention, pas de rires à l’antenne, ni d’hommes en direct –, la résistance s’organise. Zahra, 22 ans, y puise de l’espoir, refusant de prendre « tout ce que les talibans disent au sérieux ». Internet et les séries télévisées indiennes colorent la culture urbaine et les esprits, pendant que la classe moyenne urbaine, très récente, voit ses jours comptés. Les écoles clandestines ferment une à une, et la grande figure de l’éducation rurale Matiullah Wesa croupit en prison.

  • Deux tiers des filles souffrent déjà de malnutrition.
  • Les mariages précoces et les suicides féminins sont en hausse.
  • 84 % des ménages doivent emprunter pour se nourrir.

Conclusion : Face à la peur, la solidarité
Alors que l’aide internationale s’érode et que les talibans s’enferment dans le déni, les Afghanes continuent, envers et contre tout, à gratter quelques pages de savoir sous la menace, à tendre l’oreille vers une radio amie, à refuser d’abandonner la lumière. Parce qu’au fond, interdire l’éducation ne suffit jamais à éteindre le désir d’apprendre – et c’est là, plus que jamais, leur plus précieuse victoire.