Le débat sur l’éducation vire à la bataille rangée dès la crèche : Caroline Goldman, figure aussi médiatique que clivante, propose d’imposer le fameux « time out » aux tout-petits. Déclenchant une vraie tempête. Pourquoi son dernier post fait-il autant de bruit ? Décryptage d’un feuilleton éducatif qui embrase pros du terrain, coachs et psy autour du berceau…
Caroline Goldman, la croisade contre l’éducation positive s’invite à la crèche
Depuis 2022, Caroline Goldman, psychologue-psychanalyste qui assume volontiers ses prises de position tranchées, a engagé une lutte ouverte contre l’éducation positive. Selon elle, cette approche, loin de bâillonner les conflits, « annihile le besoin de limites de l’enfant ». Mais dernièrement, elle a franchi une nouvelle étape en adressant un post LinkedIn particulièrement musclé où elle élargit le débat du cercle familial à celui des crèches. Son message appelle à mettre les enfants « agressifs » à l’écart, même dès la petite enfance, dénonçant les dégâts qu’engendrerait « la vague d’éducation positive transportée par des idéologues de la psychologie sans pratique de ce métier ».
Elle ne cache pas ses inquiétudes : considérant que des enfants violents continuent d’être intégrés sans réaction ferme « pour des raisons idéologiques », elle craint autant pour les victimes de cette violence que pour les professionnels qui en subissent le contrecoup moralement. Selon elle, ces « tensions quotidiennes » impacteraient sérieusement le moral des équipes. Et d’ajouter dans les commentaires : « J’aimerais bien que des instits de petite section viennent raconter ici les effets de ces principes éducatifs lorsque les enfants arrivent à l’école… »
Un débat brûlant : qui sont les partisans de Goldman ?
La prise de parole fracassante a fait mouche : au 25 novembre, le post de Caroline Goldman totalisait 491 likes, 112 commentaires et 35 republications – signalant qu’ici, ce n’est pas qu’une simple querelle de spécialistes. Quelques soutiens émergent, comme Déborah Baduel (coach et psychanalyste), qui exprime son ras-le-bol : « C’est un milieu de plus en plus violent […] L’éducation (soi-disant) positive fait des dégâts considérables. Chaque année, il y a de plus en plus d’enfants tyrans […] qui terrorisent les autres ». Le psychologue clinicien Louis Bonlarron corrobore : ayant travaillé en crèche, il affirme que la réalité du terrain colle à l’alerte lancée, évoquant l’épuisement des équipes à fixer des limites sans réels outils d’exclusion pour apaiser le collectif.
Dans la galaxie Goldman, on retrouve donc davantage de professionnels issus du coaching et de l’Éducation nationale, affichant leur soutien à une éducation cadrée et à l’utilisation du « time out ».
Des professionnels de terrain (très) agacés… et critiques
Mais attention, la vague de critiques nourries n’a rien à envier à la vigueur des soutiens ! Sur le terrain, nombre de professionnels de la petite enfance nuancent sévèrement le propos. André Nérant-Coguic, assistant maternel, témoigne par exemple de la nécessité de l’équilibre : « Il faut naviguer en permanence entre le caractère des uns et le besoin de sécurité des autres […] Sans pour autant isoler l’enfant, simplement le déplacer d’un mètre s’avère généralement efficace ».
Aurélien Cadet, éducateur-chercheur, déplore la généralisation du discours de Caroline Goldman, accusée selon lui de « masquer le travail réflexif des éducateurs de jeunes enfants » et de ne pas tenir compte des analyses de terrain qu’ils produisent, notamment en formation sociale. Sur le même ton, Carole Giraud (éducatrice de jeunes enfants) conteste l’idée d’un laxisme généralisé : « Nous faisons stop quand les limites sont dépassées ». Myriam Panchout, thérapeute familiale, hausse même les épaules devant le présupposé d’une agressivité des bébés causée par l’excès de bienveillance : « On ne doit pas vivre sur la même planète… »
Laura Schoumaker rappelle elle aussi que « l’éducation positive n’est pas du laxisme », prônant au contraire la compréhension et l’accompagnement de l’enfant. Sa pique vise au passage les adultes : « Les enfants ne sont que le miroir de notre société – si comportements défaillants il y a, c’est d’abord les traumas des adultes qu’il faut soigner ».
Une guerre médiatique qui masque d’autres enjeux ?
Si Héloïse Junier, psychologue et autrice, monte régulièrement au créneau face à Caroline Goldman, elle ironise sur la virulence de sa position, la rapprochant d’une « nouvelle élucubration à l’encontre des enfants ». Selon elle, il y a peu de risques que la pratique du « time out » façon Goldman s’impose dans les crèches françaises, où « le monde de la petite enfance est un environnement empreint d’une réelle non-violence ».
Cyrille Godfroy, co-secrétaire général du SNPPE, replace le débat sur le terrain concret : il rappelle que la crise dans les crèches est avant tout aggravée par la pénurie de personnel et des conditions de travail difficiles, bien plus que par la prétendue violence enfantine. Plutôt que de s’entre-déchirer entre idéologies éducatives, il invite à soutenir les pros de terrain, en pleine crise depuis des années.
- L’affrontement qui se joue oppose donc davantage des coachs, spécialistes et figures médiatiques d’un côté à des éducateurs de terrain, en lien direct avec les 0-3 ans, de l’autre.
- La tension ne semble pas près de retomber, la question des méthodes éducatives cristallisant autant de passions… que d’intérêts professionnels et institutionnels.
En centrant le débat du « time out » aux portes de la crèche, Caroline Goldman vient, à coup sûr, relancer une polémique qui soulève toute l’épaisseur de nos choix éducatifs. Mais s’il fallait tirer une leçon, ce serait peut-être d’écouter un peu plus ceux qui sont face aux enfants chaque jour, bien avant de trancher sur LinkedIn.











