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Ce secret des bébés que vous ignorez : comment ils communiquent bien avant les mots selon les spécialistes

Ce secret des bébés que vous ignorez : comment ils communiquent bien avant les mots selon les spécialistes

Le grand mystère du dialogue… sans mots !

Avant d’avoir la moindre chance de prononcer un « maman » ou de signer pour un tour de biberon, les bébés nous parlent. Enfin… fa çon de parler ! Car avant même les pleurs, les regards ou les gestes, il existe un mode de communication très sérieux (et pourtant si discret !) que les spécialistes nomment le « dialogue tonique ». Si vous n’avez jamais entendu ce terme lors d’un goûter familial, pas de panique : il s’agit d’une forme de langage corporel particulièrement raffinée, étudiée dès 1930 par le psychologue Henri Wallon.

Alexandra Hennegrave, psychomotricienne, insiste : « On n’a pas besoin d’avoir un langage articulé et associé à des mots pour communiquer. » En clair : le bébé n’a pas besoin de parler pour se faire comprendre. Bien avant les premiers mots, un véritable échange s’installe… sur le plan du tonus ! Ce « dialogue tonique », véritable ping-pong entre le bébé et la personne qui s’en occupe, constitue la toute première forme de communication non verbale.

« Hypertonie d’appel » et « hypotonie de satisfaction » : un bébé, plusieurs signaux

Le principe est simple (même s’il aurait impressionné Einstein) : ce dialogue s’articule autour de deux pôles. D’un côté, on observe l’« hypertonie d’appel » – c’est-à-dire le bébé qui pleure, s’arque-boute, gesticule en mode désordonné, bras et pieds en extension. Bref : l’agitation dans toute sa splendeur. Dans ce cas, l’enfant communique une gêne, un inconfort ou un besoin. Faim, colère, couche pleine… autant de messages à décoder !

De l’autre côté de la cour de récré, place à « l’hypotonie de satisfaction » : l’enfant, repu, lové dans les bras, tout mou et prêt à sombrer dans les bras de Morphée. Là, aucune contrariété à l’horizon. Il va sans dire que c’est ce dernier mode qui a la préférence des bras parentaux…

Dans les années 70, un disciple d’Henri Wallon affine encore la théorie du dialogue tonique pour introduire la notion de « dialogue tonico-émotionnel ». Pourquoi ? Parce que notre corps sert de support pour transmettre les émotions : crispé quand on est énervé, détendu quand on est tranquille. Or, dans la vraie vie, la tension de l’adulte se transmet au bébé. Alexandra Hennegrave raconte avoir vu de nombreux parents (ou auxiliaires en crèche) bercer vigoureusement un bébé qui pleure… tout en étant eux-mêmes tendus. Résultat ? Cette fameuse « tonicité réponse » : l’enfant reste crispé et ne se calme pas aussi facilement. Comme quoi, il ne suffit pas de promener bébé dans les bras pour régler la crise !

Décrypter leurs signaux : au-delà du tonus, toute une palette d’astuces de bébé

Après le dialogue tonique vient tout un arsenal de codes subtils, bien avant que bébé ne vous tienne la discussion sur le sens de la vie — ou du pot.

  • Les pleurs : Chez les enfants, ce ne sont pas seulement des larmes de chagrin, mais bien des appels ou des messages. Au tout début, ils sont difficiles à identifier, mais rapidement, l’intensité et la tonalité changent, permettant de distinguer, par exemple, la faim d’un petit bobo.
  • Le regard : Dès 2 mois, un bébé s’anime quand on s’approche et manifeste ses envies par des mouvements corporels. Grâce à la motricité de sa tête, puis de son dos, il suit des objets ou signale, par exemple, son désir de récupérer la balle perdue sous le meuble.
  • Le sourire : Le sourire du nourrisson est physiologique dès la naissance et s’intègre dans l’échange social avec l’entourage. Il est rarement adressé lors des jeux solitaires, ce qui prouve bien qu’il exprime le plaisir de l’interaction.
  • L’imitation : Si vous ouvrez grand la bouche pour manger, bébé le fera aussi ! Grâce à l’imitation, l’enfant entre en relation et commence à parler le même langage corporel que vous.
  • La communication gestuelle symbolique : Avant de savoir dire « non », le petit secoue la tête à 12 mois, ou répète encore et encore dès 10 mois un geste qui fait rire son entourage. Une façon bien à lui de dialoguer, bien avant d’articuler ses premiers mots.

La bonne posture pour un échange de qualité

Maintenant que les dessous de la communication précoce n’ont plus de secret pour vous, reste à appliquer les conseils d’Alexandra Hennegrave pour bien dialoguer avec votre tout-petit. Elle recommande de prêter attention à votre propre tonus quand vous portez un enfant ou tentez de le calmer. Vous voulez apaiser un bébé qui traverse une tempête émotionnelle ? Assurez-vous d’être disponible, stable, bien appuyé et de respirer calmement. Résultat ? Votre posture favorise un dialogue tonique de qualité et apaise davantage votre bébé.

Même lors du biberon, prenez le temps de bien vous installer, de surélever votre coude. « Gardez donc bien en tête d’adopter la bonne posture, et d’avoir un tonus adapté, favorable aux échanges de qualité », précise-t-elle. Vos astuces habituelles fonctionneront bien mieux si vous adoptez cette démarche.

Conclusion : Avant les premiers mots, c’est tout un univers de communication silencieuse et foisonnante qui existe entre bébé et adulte. Le secret ? Se mettre à l’écoute de ce langage du corps et œuvrer, tout simplement, de tonus à tonus. Qui aurait cru que pour dialoguer avec bébé, il fallait d’abord… savoir se détendre soi-même ?