À la une

« J’ai vécu l’injustice à l’école » : témoignages poignants sur la réalité des élèves surdoués, entre incompréhension, hostilité et espoir d’une prise de conscience

Qui n’a jamais rêvé que la scolarité de son enfant soit une douce promenade, un tapis rouge déroulé jusqu’aux portes de l’épanouissement ? Mais pour de nombreux élèves à haut potentiel intellectuel, la réalité scolaire évoque davantage le rodéo que le long fleuve tranquille.

La face cachée du parcours scolaire des élèves surdoués

La conviction que réussite et bonheur vont de pair avec une scolarité sans nuage est tenace. Pourtant, tous les enfants dits « doués », même ceux qui brillent ostensiblement dans les bulletins, font tôt ou tard l’expérience de difficultés à l’école. Ces obstacles peuvent venir de partout : d’autres élèves jaloux ou cruels, de parents d’élèves nourris de préjugés… et, le plus marquant, d’enseignants qui se montrent ouvertement hostiles.

Chaque adulte ayant connu la douance se souvient – parfois à contrecœur – d’un ou plusieurs épisodes d’incompréhension ou d’injustice de la part du milieu scolaire, même si ces souvenirs sont tapis très loin dans la mémoire. Cela peut aller de l’accusation de triche parce que la rédaction rendue semblait trop mature, à la suspicion injustifiée du professeur convaincu que cet élève pourtant rêveur ne pouvait pas réussir brillamment… Les exemples abondent, et le sentiment d’injustice qui en découle traverse les générations sans sourciller.

Douance et malentendus : un dialogue de sourds ?

Certaines attitudes hostiles trouvent leurs origines dans l’écart de compréhension entre l’élève à haut potentiel et l’enseignant. La psychologue Arielle Adda le rappelle : un professeur « dans la norme » (QI de 90 à 110) ne peut pas toujours facilement comprendre un élève surdoué ou THQI (très haut quotient intellectuel à partir de 145). L’écart peut atteindre 60 ou 70 points sur l’échelle de Wechsler – il ne s’agit alors plus d’un simple fossé, mais bien d’un gouffre !

Face à un élève très éveillé, questionneur, parfois impertinent, qui relève les incohérences et dérange la routine de la classe, l’enseignant peut se sentir remis en cause, voire directement attaqué. Résultat : une relation empoisonnée, où l’enfant s’épuise à se faire accepter et finit par sombrer dans le découragement, voire l’échec, en dépit d’un potentiel évident.

Ajoutez à cela le regard parfois soupçonneux porté sur les parents, soupçonnés d’entretenir un fantasme sur leur « 8e merveille du monde » ou d’en faire trop. Toute demande d’adaptation, de saut de classe ou de simple différenciation peut se transformer en motif de crispation supplémentaire.

L’inertie du système et le poids des clichés

Faut-il se résigner à voir cette histoire se répéter éternellement ? La multiplication des articles sur les enfants intellectuellement précoces (EIP) n’a pas réussi à faire disparaître les idées reçues. Beaucoup d’enseignants ne connaissent le sujet que lorsqu’ils sont eux-mêmes ou leurs enfants concernés. La formation à la douance, souvent associée à la catégorie « enfants à problèmes », donne d’emblée un éclairage négatif dans les esprits.

Tant que la reconnaissance des besoins spécifiques restera anecdotique, tant que les enseignants manquant d’informations continueront de se sentir démunis ou menacés, il sera difficile de sortir du cercle vicieux d’incompréhension. Pourtant, tous les témoignages révèlent aussi ceci : une rencontre peut tout changer. Un bon enseignant, ouvert à la différence, peut redonner confiance à un enfant abîmé, raviver le goût d’apprendre, ouvrir des chemins insoupçonnés.

  • La douance n’est pas un passeport pour une scolarité tranquille.
  • Le rejet, l’incompréhension, voire la malveillance, traversent encore les salles de classe.
  • Un accompagnement spécifique, simple et humain, pourrait faire une immense différence.

Entre souffrances et espoirs : quelles pistes pour demain ?

Nul n’est épargné par les difficultés dans la vie, et il serait naïf de penser que seule la douance pose problème. Mais pour les enfants à haut potentiel, ces obstacles prennent souvent une dimension supplémentaire, car ils touchent à la fois à l’identité et au rapport à l’apprentissage. Admettre la spécificité de la douance, former (vraiment) les enseignants, mais aussi regarder chaque élève dans sa globalité : voilà quelques clés, pas si utopiques, pour que l’école devienne enfin un lieu d’épanouissement pour tous.

Le chemin est encore long, mais chaque prise de conscience, chaque témoignage, chaque éducateur prêt à s’ouvrir est une victoire précieuse sur l’injustice – et une promesse d’espoir à transmettre à nos zébrillons… et à tous les autres enfants qui attendent qu’on leur tende la main.