Un mot doux, un gâteau le mercredi, une sieste enveloppée du parfum de la nappe à fleurs… Les moments partagés avec papi et mamie semblent parfois magiques, et font naître des souvenirs que l’on chérit toute sa vie. Mais voilà : même l’amour débordant des grands-parents peut, mine de rien, égratigner la confiance d’un enfant. Et ce n’est pas une question de vouloir mal faire : les mots, même choisis avec tendresse, pèsent plus lourd qu’une tarte à la crème à la fête des familles !
Des petits mots qui font de grandes vagues
La psychologue Ann-Louise Lockhart, spécialiste en pédiatrie, le rappelle sans détour : « Les mots ont un poids immense sur la façon dont les enfants se perçoivent et perçoivent leur relation avec les adultes ». Autrement dit, une simple remarque jetée au détour d’un goûter peut, sans crier gare, fragiliser le lien précieux entre grands-parents et petits-enfants. Pour éviter de semer des graines de doute là où l’on voulait semer du bonheur, vigilance sur le langage toute l’année (pas uniquement lors des grandes tablées de Noël !).
Trois phrases à bannir (et quoi dire à la place)
-
« Ce sera notre petit secret… »
Quel bonheur de glisser un bonbon en douce ou d’accorder une petite heure de télévision supplémentaire, n’est-ce pas ? Pourtant, derrière ce clin d’œil complice, se cache un risque bien réel. La psychologue Zainab Delawalla alerte : cette phrase apparemment anodine « sape l’autorité parentale et peut envoyer un mauvais message à l’enfant ». Elle habitue le petit à penser que certaines choses doivent rester cachées, y compris vis-à-vis de ses parents. Dans des cas plus sérieux, comme le harcèlement ou le comportement déplacé d’un adulte, ce réflexe du secret pourrait empêcher l’enfant de demander de l’aide.
À dire plutôt : « Si tu veux en parler à papa et maman, vas-y, je suis sûre qu’ils comprendront. » Ou encore : « J’aimerais bien te faire plaisir, mais je vais en parler d’abord avec tes parents. » -
Commentaires sur le corps ou le poids
Comparer une silhouette, évoquer la taille des vêtements ou, pire, rappeler que le cousin mange moins, même dans un éclat de rire ou avec douceur, laisse des traces… profondes. La psychologue Ann-Louise Lockhart avertit : « Ce sont des remarques qui peuvent affecter l’estime de soi durablement, et que les enfants devenus adultes n’oublient jamais. » Ces mots, à force, renforcent l’idée que l’apparence domine tout le reste.
À dire plutôt : « Je suis si heureux.se de te voir ! Tu as l’air épanoui. Qu’est-ce qui t’intéresse en ce moment ? » Une question ouverte sur ses passions ou sur ses projets nourrit une complicité bien plus solide… et bien moins risquée que la comparaison des pantalons. -
Remarques sur les habitudes alimentaires
Que l’on félicite un enfant pour avoir fini son assiette ou que l’on s’étonne qu’il ait « presque rien mangé », la bonne intention peut vite tourner à l’inconfort (voire à la confusion ou à la honte). La psychothérapeute Andrea Dorn met en garde : ces commentaires perturbent la relation des enfants à leur sensation de faim et de satiété, essentielle à développer tout petit.
À dire plutôt : Parfois, il vaut mieux se taire – ou lâcher un amical « Tu sais, c’est bien d’écouter ton corps ». Et surtout, montrer l’exemple : « J’ai assez mangé, je vais m’arrêter ». Simple, efficace !
Choisir ses mots… et cultiver la confiance
Ce n’est pas parce qu’on bannit les secrets, les remarques sur le poids ou les assiettes vidées qu’on en perd les rituels ou la chaleur familiale. Bien au contraire : surveiller le poids des mots permet de renforcer les liens, d’ouvrir la porte à la confiance et à l’écoute. Vous souhaitez offrir le plus joli cadeau à vos petits-enfants ? Offrez-leur l’assurance qu’ils peuvent tout vous dire, sans crainte d’être jugés ou comparés. La reconnaissance de leur individualité vaut bien plus cher qu’un kilo de bonbons cachés !
Conclusion : Le pouvoir des mots dans la transmission générationnelle
Devenir le grand-parent dont on se souvient toute sa vie, c’est parfois aussi simple que d’écouter, de poser des questions sincères, et de choisir avec soin ce qu’on partage (ou ce qu’on tait). Pas besoin de phrases toutes faites : il suffit souvent de montrer l’exemple par la bienveillance et la curiosité. Les souvenirs d’enfance n’en seront que plus doux… et la confiance, inébranlable.











