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Les secrets fascinants du développement psychologique chez l’enfant enfin expliqués par un expert

Savez-vous ce qu’il se passe réellement dans la tête d’un enfant de moins de quatre ans ? Grâce au regard aiguisé du psychologue-psychanalyste Harry Ifergan, les mystères du développement psychologique des tout-petits n’auront bientôt plus de secrets pour vous. De la naissance aux premiers dessins inspirés (et parfois troublants), découvrez les étapes clés que tout adulte, parent ou professionnel, devrait connaître… pour ne plus jamais être déconcerté au premier « non ! » du matin !

Des sourires aux cauchemars : les premiers pas vers l’individualité

Tout commence très tôt. À six semaines, le premier sourire intentionnel illumine le visage du nourrisson. Ce simple sourire est bien plus qu’un réflexe mignon : il témoigne déjà de sa capacité à entrer en interaction avec autrui. Mais ne croyez pas que la fusion avec la maman dure éternellement ! Dès huit mois, bébé réalise qu’il existe individuellement, qu’il n’est plus ce petit satellite entièrement fixé à sa mère. Ce réveil à sa propre individualité peut être déstabilisant : à neuf mois, les premiers cauchemars pointent le bout de leur nez, preuve que l’enfant commence à percevoir la séparation. Il comprend qu’il dépend bel et bien de ses parents, et plus généralement, des adultes qui l’entourent. Cette conscience soudaine de sa vulnérabilité et de son manque d’autonomie peut générer angoisses et mauvais rêves. (On compatit…)

La grande opposition : quand chaque « non » veut dire « je suis moi »

Arrivent ensuite les deux à quatre ans : l’âge où l’enfant se découvre des talents de négociateur, souvent à base de « non ! » magistraux. Cette phase d’opposition systématique ne vise pas à tester votre patience – enfin, pas uniquement ! Elle traduit son besoin vital de s’affirmer, de montrer qu’il est distinct, indépendant dans sa tête. Que ce soit face à ses parents ou à leurs dignes remplaçants (vous, les professionnels de la petite enfance), refuser, contester, négocier : tout est bon pour affirmer son territoire psychique. À vous l’insolence adorable, les yeux froncés et les négociations façon mini-avocat. Ce processus lui permet aussi, de façon symbolique, de dire : « Toi, c’est toi, et moi c’est moi ! ».

Avec cette affirmation de soi, viennent inévitablement les premières difficultés d’endormissement. L’enfant redoute le grand saut dans le noir, parfois sans même comprendre ce qu’il craint. Le refus de la séparation reprend, mais s’invite désormais à l’heure du coucher. Le tempérament affirmé du jour laisse alors place à une certaine fragilité nocturne. Certains enfants se culpabilisent inconsciemment de leurs oppositions diurnes et… font des cauchemars. Heureusement, au petit matin, tout est oublié et la symphonie des « non » peut reprendre !

Le puzzle intérieur : individuation, découpage et ego surdimensionné

Ce que vit l’enfant à cette période, c’est un travail mental colossal : son individuation. Comprenez, il assemble patiemment toutes les pièces de ce qui le constitue – parents, maison, doudou, fratrie, nounou, assistante maternelle, copains, joies, chagrins, jalousie et peurs – pour former un tout cohérent. Imaginez un puzzle mental, où chaque pièce compte. Quand il refuse un biscuit cassé (sacrilège !), c’est ce besoin d’unité qui s’exprime : le biscuit doit être entier, tout comme lui aspire à l’être.

On le comprend mieux lorsqu’on observe les enfants découper, coller pour composer de jolis patchworks de papier. Ce fameux « couper/coller » révèle, en réalité, leur effort intérieur de rassemblement. Et prêter un jouet ? Horreur et damnation ! Dans sa logique égocentrique, se séparer d’un objet, c’est se séparer d’une part de soi-même. On ne badine pas avec son puzzle intérieur !

Peurs nocturnes, premiers dessins et triptyque du bien-être psychique

Avec la progression de l’intelligence, les peurs nocturnes se complexifient : voici les monstres, ogres, sorcières (parfois même des crocodiles), tous inventés par l’imagination fertile d’un tout-petit qui sent bien que la nuit, il reste encore vulnérable sans ses parents, malgré tous ses airs de superhéros en journée. Mais à cet âge, un nouveau talent jaillit : le dessin. C’est le temps des bonshommes aux yeux géants et bouches un peu bancales. Progressivement, la représentation du corps (le sien et celui des autres) s’affine. Par le dessin, l’enfant commence à réellement s’inscrire dans la société, à transposer ce qu’il vit à l’intérieur sur papier.

Le psychologue Harry Ifergan rappelle un point rassurant pour tous ceux (parents comme pros) qui s’inquiètent devant la tempête d’émotions ou la collection de « non » quotidiens, ce qu’il nomme le « triptyque de bonne santé mentale » chez l’enfant :

  • Il mange avec plaisir ?
  • Il dort bien et aime ça ?
  • Il affiche de la bonne humeur, clairement visible ?

Si la réponse est trois fois « oui », alors, tout va bien du côté du développement psychologique…

En résumé, derrière chaque étape, chaque opposition ou caprice, se cache une mécanique prodigieuse qui construit l’individu unique qu’il deviendra. À nous de l’accompagner avec bienveillance, et parfois avec un zeste d’humour face à un biscuit cassé… irrémédiable !