Ni interdit ni addiction : ce que les dessins animés changent vraiment chez les enfants
Imaginez le duel : d’un côté, la fabrique de crétins, de l’autre, le formateur de citoyens. Qui l’emporte lorsqu’on parle des dessins animés pour enfants ? Si le sujet divise certains parents à l’heure du goûter, une chose est sûre : regarder des dessins animés joue un rôle, parfois insoupçonné, dans la construction de la personnalité des plus jeunes. Mais alors, qu’apportent vraiment ces images colorées à nos chères têtes blondes (ou brunes, ou rousses, on ne juge pas) ?
Des apprentissages précoces… à la sauce animation
Dans les pays anglo-saxons, où l’école maternelle est (tenez-vous bien) aux abonnés absents, les dessins animés remplacent littéralement la classe pour les plus petits. « Les pays anglo-saxons sont les champions pour produire des séries ludo-éducatives destinées aux préscolaires », rapporte Pierre Siracusa, directeur des programmes jeunes publics à France Télévisions. L’écran se pose donc en premier professeur de vie en société, avec des titres taillés sur-mesure pour apprivoiser les règles du vivre-ensemble.
Au palmarès des séries éducatives :
- La britannique Hé, Oua Oua, où un chien directeur de centre de loisirs distribue de précieux leçons de vie sous forme de badges (et là , tout le monde veut son badge !).
- Les activités manuelles avec Patamuse, 100% pâte à modeler et doigts de fée.
- L’éveil musical avec la catalane Jasmine et Jambo ou, sous peu, les 9 épisodes de Luz et les sonidos sur Okoo.
- L’ami des chiffres Number block (disponible sur Netflix) quand il s’agit d’apprivoiser le calcul.
- L’acolyte de la lecture, Dino train.
Des exemples, on pourrait en aligner des wagons entiers !
Dessins animés : des alliés pour l’imaginaire et la vie sociale
Place aux spécialistes. Ils sont clairs : loin de la caricature du « poseur de cerveaux devant l’écran », le dessin animé enrichit l’éducation des enfants à plusieurs niveaux. Il vulgarise le monde, apprend des règles de comportement et étoffe le vocabulaire, mais surtout, il nourrit l’imaginaire comme un banquet sans fin.
Geneviève Djénati, psychothérapeute et formatrice pour les scénaristes de l’animation, confirme : « L’enfant a soif d’apprendre. Il sait mémoriser des scènes et imiter le comportement de ses héros adorés, presque comme s’ils étaient réels. » Un dessin animé peut même devenir un précieux allié pour exorciser les peurs qui débarquent typiquement vers 4 ou 5 ans. Dans Sam Sam, le personnage de Crocochemar s’y connait en cauchemars et aide les plus petits à les apprivoiser.
Valeurs et émotions : le grand terrain de jeux des héros animés
L’expérience de la différence s’immisce aussi dans la toile de fond. Ernest et Célestine ou Masha et Michka (et franchement, beaucoup d’autres) valorisent l’apprentissage que l’autre n’est pas un clone. « Il est important d’apprendre que tous les personnages ne sont pas pareils, les enfants ont besoin de différents modèles pour se construire », insiste Geneviève Djénati.
Travail d’équipe oblige, le héros n’agit jamais en solo : il lui faut des alliés pour s’en sortir. C’est le cÅ“ur de Sam le pompier — qui a donné des idées à Pat Patrouille, Ninjago, Pyjamasques, Les As de la jungle, Octonautes, etc. Serge Tisseron, psychiatre expert en enfance et médias, voit là une leçon précieuse pour comprendre l’importance de la collaboration dès le plus jeune âge.
Et ce n’est pas tout… Car une bonne série aide aussi à apprendre à faire des choix, à décider, à se tromper. « À 3 ans, ils sont dans la crise d’opposition et apprennent la frustration. C’est très important qu’ils voient qu’on peut se tromper pour finalement trouver la bonne solution », explique Geneviève Djénati.
Le rôle irremplaçable de l’adulte : apprendre à raconter et à ressentir
Pour que le dessin animé soit un vrai outil d’apprentissage, le dialogue avec l’adulte est précieux. Serge Tisseron souligne : « Les images des dessins animés sont très chargées sur le plan émotionnel. Or, l’écran ne permet pas d’apprendre à gérer ces émotions. Il faut un adulte pour aider l’enfant à raconter ce qu’il voit, pour le guider et l’aider à maîtriser ce qu’il ressent. »
Pour y arriver, rien de tel que de poser des questions simples à l’enfant sur ce qu’il a vu et ressenti, pour l’aider à prendre du recul. Le bon enchainement ?
- L’enfant raconte ce qu’il a vu à l’écran (un exercice plus facile car extérieur à lui-même).
- Il raconte aussi ce qu’il observe dans la vie réelle.
- Enfin, il apprend à exprimer ses propres émotions à travers le récit. « Développer un récit sur ce qu’il voit à la télé l’aide à construire un récit sur ses émotions personnelles », complète Tisseron.
Notons, pour finir, qu’il existe même, quoique plus rarement, des dessins animés qui enseignent aussi… aux parents ! La série australienne Bluey illustre le quotidien d’une famille de chiens bergers, inversant la logique habituelle : ici, ce sont les parents qui prêtent l’oreille aux ressentis de leurs enfants et s’adaptent.
Conclusion : l’animation, ce grand terrain de construction… partagée !
En définitive, le dessin animé, loin d’être un simple passe-temps (et encore moins une machine à crétins !), s’avère un formidable levier d’apprentissage, de socialisation et d’enrichissement émotionnel… à condition de rester accompagné. Alors, la prochaine fois qu’un petit vous harcèle pour regarder son épisode favori, profitez-en : posez-lui une question, tendez-lui l’oreille… et savourez le spectacle. Le sien, pas celui de l’écran.











