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Pourquoi ce n’est pas grave de s’éloigner de ses frères et sœurs selon une psychologue

Pourquoi ce n’est pas grave de s’éloigner de ses frères et sœurs selon une psychologue

On nous vend souvent la fratrie comme un club dont on reste membre à vie, quelles que soient les tempêtes sous le crâne ou les disputes de goûter. Pourtant, une fois adultes, force est de constater que les liens entre frères et sœurs n’ont plus toujours le même parfum de complicité (ni la même fréquence de bataille pour la télécommande). S’éloigner n’est pas rare, et ce n’est pas nécessairement une catastrophe !

Fratrie : de la complicité à la distance

Les relations entre frères et sœurs se forgent dès l’enfance, naviguant constamment entre moments de franche alliance et crises de rivalité. Mais grandir ne signifie pas effacer toutes les rancunes, ni s’offrir des bouquets de paix à chaque anniversaire familial. Adultes, beaucoup découvrent que les liens fraternels peuvent se distendre, plus ou moins subtilement, jusqu’à parfois devenir des ponts suspendus au-dessus du vide.

Cinq causes qui fragilisent les liens selon la psychologue Nicole Prieur

La psychothérapeute Nicole Prieur, interrogée par Elle, pointe une série de facteurs qui érodent la complicité des débuts. Selon elle, plusieurs ingrédients risquent de faire tourner la mayonnaise familiale :

  • Les jalousies persistantes, héritage direct de l’enfance
  • La gestion, pas toujours très zen, de l’héritage familial
  • Des divergences profondes de valeurs ou d’opinions (la politique à table, grande cause nationale de controverse depuis des générations)
  • Un conjoint qui ne s’intègre pas, malgré tous les efforts pour aimer la famille (ou la cuisine) de l’autre
  • L’éloignement géographique pour raisons professionnelles – comme quoi, la distance, ça ne fait pas toujours pousser le cœur fonder l’absence

Chacun de ces éléments agit comme un petit coin dans la porte de la relation. Une porte qu’il devient facile de refermer silencieusement avec le temps.

L’héritage familial : le grand test de vérité

La question du partage d’héritage est, selon Nicole Prieur, un des pics de tension les plus redoutables pour une fratrie. Les vieilles rancœurs ressurgissent alors sans crier gare : ce qui n’a pas été obtenu durant l’enfance devient soudain un enjeu vital lors du partage. Chacun cherche à obtenir ce qu’il pense être son dû. Ce processus, souvent inconscient, peut rallumer de vieilles jalousies jamais vraiment digérées. Et la rupture n’est alors jamais loin, hélas.

Quand l’évitement prend le dessus

Derrière chaque cousinade où tout le monde sourit devant le rôti, il peut y avoir des rancœurs soigneusement emballées. Nicole Prieur souligne que l’idéal parental de fraternité soudée met une pression sourde sur les épaules des enfants devenus adultes. Certains préfèrent taire les vrais sujets – pour éviter le crash familial – et afficher une paix d’apparat en mettant de côté disputes et ressentiments d’enfance. Dommage, car l’absence de parole prive la relation de toute chance d’évolution réelle.

L’une des causes majeures de l’éloignement reste justement cette incapacité à évoquer les blessures du passé. Difficile, même après trente ans, de se livrer sincèrement à ceux avec qui on a tout partagé depuis la petite enfance. La peur d’aborder les sujets sensibles – qui a eu le plus d’attention, qui a été le chouchou – pousse à l’évitement pur et simple. Mais sans affrontement, pas de possibilité de réconciliation…

Les liens du sang sont certes précieux, mais ils ne sont pas à l’abri de l’usure du temps et des non-dits. Il y a des épisodes où la rupture paraît inévitable. Rassurez-vous, d’après ce qu’en dit la psychologue, ce n’est pas la fin du monde : s’écarter, parfois, c’est simplement se protéger et avancer. Surtout, il est utile de se rappeler qu’une relation fraternelle, comme toute relation, se construit, se répare ou s’adapte – au rythme, à la volonté et aux besoins de chacun. Et que, parfois, lever le tabou sur les vieilles histoires d’enfance, c’est la première vraie preuve de maturité… ou du moins d’honnêteté envers soi-même !