Pourquoi, dans les maternités modernes, rivalise-t-on d’imagination pour nommer les filles, quand les garçons héritent quasi religieusement des prénoms de grand-père ? Mystère à résoudre, une fois encore, du côté des poussettes et des faire-part…
L’originalité a-t-elle un sexe ?
Les tendances en matière de prénoms sont aussi capricieuses qu’un bébé affamé à trois heures du matin. Si certains parents puisent leur inspiration dans la littérature ancienne, les séries ou les jeux vidéo, il est un constat indéniable : l’originalité coule bien plus souvent dans les registres féminins. Le site Nameberry, recensant les prénoms inventés pour les bébés, dénombre pas moins de quatre-vingt-deux prénoms féminins inédits contre… seulement la moitié pour leurs homologues masculins. Non, ce n’est pas une faute de frappe, les créateurs de prénoms sont tout simplement plus inspirés côté filles.
Aux origines de la tradition chez les garçons
Ce grand écart entre les genres ne vient pas de nulle part. Selon Sophie Kihm, rédactrice en chef de Nameberry, cette différence plonge ses racines dans plusieurs décennies, voire siècles, d’us et coutumes bien rodés. Historiquement, les petits garçons recevaient, tel un héritage précieux, le prénom du père ou du grand-père, histoire de perpétuer la tradition familiale. Autant dire que la créativité restait soigneusement rangée au placard lorsqu’il s’agissait de choisir un prénom de garçon : priorité à la continuité, pas à la fantaisie.
Mais comme il fallait quand même un peu d’espace pour l’imagination parentale, les compromis se faisaient du côté masculin, laissant un boulevard à la créativité pour le prénom de la future fille. C’est ainsi que les petites filles voyaient fleurir devant elles une diversité de prénoms élégants, exotiques, raffinés ou tout droit sortis des rêves des parents en quête de beauté et de nouveauté.
Des signaux sociaux dès la naissance
À certaines époques, choisir un prénom, ce n’était pas seulement une affaire de goût : c’était un message envoyé au monde. Pour les garçons, le prénom devait inspirer la réussite et promettre un avenir tout tracé dans le monde des affaires. Un prénom sobre, classique, c’était presque un ticket d’entrée pour une vie professionnelle brillante (du moins sur le papier !) L’homme « supérieur » devait porter fièrement un nom traditionnel, celui qui sonne sérieux et solide. À l’inverse, le prénom d’une fille devait, lui, être à la mode, clin d’œil subtil en direction des futurs prétendants, pour prouver que la famille avait décidément beaucoup de goût. Niveau pression sociale, on frise l’excellence !
Oser sortir du rang ? Risqué… Les rares familles aventureuses à choisir un prénom original pour leur garçon prenaient le risque de le voir moqué dès la cour de récréation, où le respect des normes était roi. Et cette sorte « d’absurdité » n’a pas quitté les bancs d’école, même aujourd’hui. L’étiquette colle, et la crainte du bizarre aussi.
Un héritage de rigidité… qui s’effrite ?
Aujourd’hui encore, les normes genrées restent redoutablement inflexibles pour les garçons. Prénoms, vêtements, identité : malheur à celui qui ose explorer des territoires traditionnellement perçus comme féminins. Les filles, elles, s’en sortent un peu mieux : adopter certains codes masculins ne fait pas lever un sourcil, ou à peine. Margaret Betz, professeure adjointe de philosophie à l’Université Rutgers, explique que les prénoms à consonance masculine ont même séduit les parents de filles, leur conférant un air de respectabilité et d’autorité. Mais à mesure que ces prénoms se féminisaient dans l’imaginaire collectif, plus personne n’a voulu baptiser son fils ainsi… Résultat : le répertoire masculin s’est encore appauvri, cercle vicieux quand tu nous tiens.
Malgré tout, aujourd’hui se dessine un horizon plus ouvert : la balance change lentement de côté. Si la créativité en matière de prénoms de filles reste sans rival, de plus en plus de garçons échappent à l’étiquette du prénom traditionnel. Cela tient à plusieurs changements :
- L’évolution des lois et des règlements contre l’intimidation à l’école et sur les réseaux.
- Une société plus tolérante, qui valorise la différence et la compassion envers ceux marginalisés par le passé.
Bref, la chrysalide de l’originalité se forme aussi chez les garçons – il était temps !
Ouvrons la chasse aux prénoms trop sages
Abby Sandel, créatrice du blog Appellation Mountain, se prend à rêver : « Si suffisamment de parents sont audacieux pour choisir des prénoms non conventionnels pour leurs garçons, d’autres suivront. » Verdict : il ne tient qu’à nous d’oser, pour que la créativité ne soit plus réservée à la moitié des berceaux. Et vous, prêts à sortir des sentiers battus ? Après tout, même un garçon peut porter fièrement un prénom inédit et devenir, lui aussi, la star de sa propre aventure.











