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Pourquoi votre enfant change-t-il de comportement selon le parent ? Les experts lèvent le voile sur une vérité méconnue

Votre charmant bambin se transforme-t-il en ange chez Papi et Mamie, alors qu’il se métamorphose parfois en mini-tornade sitôt passé le pas de la porte de la maison ? Rassurez-vous, ce n’est ni une trahison, ni une crise mondiale en vue. Les experts en psychologie de l’enfant lèvent le voile sur ce mystère… et il y a bien une explication !

Un phénomène universel… totalement normal !

Nombre de parents ont déjà entendu – non sans un soupçon d’agacement – la fameuse affirmation : « Avec moi, il était très sage, pas du tout comme maintenant où il fait des caprices ! » Chez les grands-parents ou la nounou, votre enfant affiche une politesse sans faille, tandis qu’à la maison, c’est parfois le festival des émotions. Si cela vous interpelle, sachez que c’est tout à fait courant. Selon les spécialistes, l’inverse serait même inquiétant !

L’attachement, clef de voûte du développement de l’enfant

Pour comprendre ce « double visage », cap sur la théorie de l’attachement, développée par John Bowlby de 1969 à 1980. Cette théorie montre que l’être humain possède une inclination naturelle à rechercher la proximité des figures d’attachement, surtout dans les moments de doute ou de détresse. Les premiers mois, l’enfant multiplie les interactions – des milliers ! – avec ses parents. Résultat : il apprend à prédire et à s’adapter à leur comportement. Comme l’explique le Dr Célia Levavasseur, « l’enfant va ainsi se construire avec chacun de ses parents ».

Tout cela lui permet de forger petit à petit ce que la pédiatre décrit comme une « paire de lunettes » à travers laquelle il voit le monde. Selon la relation nouée avec son entourage, il développera un style d’attachement bien à lui :

  • Attachement sécure (60% des enfants) : l’enfant se sent en confiance avec ses proches.
  • Attachement évitant (20%) : il se méfie et accorde plus difficilement sa confiance.
  • Attachement ambivalent (10%) : il a confiance en les autres, mais manque de confiance en lui-même.
  • Attachement désorganisé (10%) : des peurs non résolues engendrent crises, voire plus tard dissociation, dépression, phobies…

Oui, rien que ça. Comme le souligne Boris Cyrulnik, expert incontournable en psychologie de l’enfance, le comportement des proches influence fortement la personnalité et les besoins de votre petit. On sait aujourd’hui, imagerie médicale à l’appui, que les privations affectives peuvent engendrer des altérations cérébrales. Alors, non, l’amour et la bienveillance ne sont pas accessoires, bien au contraire !

Pourquoi l’enfant agit-il différemment selon les adultes ?

La relation d’attachement n’est pas figée pour la vie. D’abord, l’enfant s’appuie naturellement sur l’un de ses parents. Ensuite, de nouvelles figures d’attachement font leur apparition : nounou, baby-sitter, amis, jusqu’au jour où le « meilleur copain » puis le ou la chéri(e) prennent le relais. Pour les plus jeunes, la figure d’attachement, c’est tout simplement la personne vers laquelle ils tendent instinctivement les bras pour chercher réconfort et sécurité.

Lorsqu’un parent est présent, c’est souvent le moment où l’enfant lâche enfin prise : il peut exprimer sa vulnérabilité, toute retenue envolée, libérer ses émotions… et son trop-plein de stress accumulé pendant la journée. Autrement dit, s’il se montre « difficile » avec vous, c’est tout simplement parce que vous êtes sa base de sécurité. Inversement, s’il était irréprochable et toujours « parfait » avec vous, il y aurait probablement matière à s’inquiéter !

L’évolution des figures d’attachement au fil des ans

Pas de panique si votre enfant ne jure que par papa ou maman pendant une période : ce n’est pas éternel. Comme le dit joliment la pédiatre, « Les deux parents sont comme les porte-avions de leurs enfants, et l’un sera le principal. Selon son âge et ses centres d’intérêt, votre enfant va changer de porte-avions. » Un jour maman, un autre jour papa, puis la nounou ou un ami… L’essentiel est que le couple parental reste solidaire et compréhensif.

D’ailleurs, dans de nombreux cas, l’enfant se tourne vers son père pour explorer le monde (et tester quelques bêtises au passage !), puis revient vers sa mère pour être rassuré en cas de problème. Mais ce n’est pas une règle absolue : il y a toujours, dans sa vie, quelqu’un qui va représenter plus la sécurité, et un autre l’exploration.

Et si vous ressentez que votre enfant n’éprouve pas de sécurité ni avec papa, ni avec maman, ni dans son entourage proche, il est important de se tourner vers un professionnel spécialisé en psychologie pédiatrique. Mais dans la très grande majorité des cas, les différences de comportements selon les figures d’attachement sont la preuve… que vous êtes, tout simplement, les piliers affectifs de votre enfant !