À la une

Selon une psy, voici la meilleure question à poser chaque jour à votre enfant pour stimuler son développement

Qui n’a jamais, en retrouvant son enfant le soir, demandé fébrilement (et, avouons-le, un brin stressé) : « Alors, raconte-moi ta journée ! » ? Face au célèbre regard perplexe ou à la réponse monosyllabique qui s’ensuit, il est temps de reconsidérer notre stratégie. Selon une psy, la meilleure question pour stimuler le développement de nos enfants ne serait pas celle que l’on croit…

Pourquoi la question « Ta journée ? » laisse les enfants perplexes

De nombreux parents souhaitent sincèrement tout savoir du vécu de leur petit, surtout après une journée de séparation. Mais avant six ans, les enfants n’ont pas acquis la notion du temps comme les adultes. Demander à un jeune élève de résumer « sa journée », c’est finalement lui demander un véritable exercice d’abstraction !

Judith Hudson, professeure de psychologie interrogée par Slate, l’explique bien : la notion de temps s’apprend par le langage, mais il n’existe aucun repère visuel pour l’illustrer, contrairement à une pomme ou un chat. On comprend mieux pourquoi les enfants éludent, s’emmêlent ou racontent dans le désordre… et c’est parfaitement normal.

Leurs souvenirs forment comme un grand seau rempli d’images marquantes, mais désorganisées. Quand on les interroge sur un événement passé, ils piochent un peu au hasard dans ce seau : ce qu’ils racontent peut venir d’un autre jour, surgir dans un ordre improbable, ou être exprimé de façon imprécise. Bref, ils font de leur mieux avec ce qu’ils ont sous la main (et n’oublions pas que pour nous aussi, enfants, la chronologie semblait parfois relever de la science-fiction !).

La mémoire, ce puzzle sans mode d’emploi (pour l’instant)

Même lorsqu’un enfant comprend la question du parent, raconter sa journée reste un exploit. Il doit remonter mentalement le fil du temps, sélectionner des événements pertinents, les ordonner et les verbaliser. Autant dire une vraie gymnastique cognitive – là où un adulte a l’habitude d’enchaîner ces étapes sans s’en rendre compte, l’enfant, lui, s’y empêtre facilement.

Le chercheur en neurosciences Zoltán Nádasdy (Université du Texas) rappelle à propos de notre cher cerveau qu’il n’a pas d’organe spécialisé pour mesurer le temps. Nous dépendons d’outils externes – horloges, calendriers… que les enfants n’ont, logiquement, pas encore appris à utiliser. Il en résulte cette sensation de flou temporel qui explique les réponses brèves, floues, ou carrément hors-sujet.

Construire la mémoire… une question à la fois

Rassurez-vous : cette capacité à structurer et raconter ses souvenirs n’est pas figée. Bonne nouvelle pour les parents impatients, selon plus de trente ans de recherches menées par Judith Hudson, les enfants qui s’habituent à évoquer régulièrement leurs souvenirs deviennent plus à l’aise avec le récit de leur vécu. Mais pour cela, il faut savoir les guider sans les brusquer.

  • Choisissez le bon moment : Plutôt que l’interrogatoire expéditif en sortant de l’école, privilégiez le dîner ou un moment calme, quand l’enfant est plus disponible.
  • Montrer l’exemple : Avant de l’assommer de questions, parlez d’abord de votre propre journée. Cela donne le ton et installe une dynamique d’échange rassurante.
  • Privilégiez les questions ciblées : Au lieu de « Qu’as-tu fait aujourd’hui ? », essayez « As-tu dessiné aujourd’hui ? » ou « Quel jeu as-tu préféré ? ». Cela réduit l’abstraction et facilite l’émergence des souvenirs.
  • Respectez son silence : Parfois, l’enfant n’a tout simplement pas envie de parler. Et c’est ok ! Un silence vaut mieux qu’un interrogatoire qui vire à la corvée.

Le rôle clé des parents

On le sait, le comportement parental pèse lourd dans le développement des enfants. D’après une étude, le soutien des mères peut même influencer directement le niveau d’intelligence de l’enfant. Les questions que nous posons, la patience que nous manifestons, et la qualité de notre écoute construisent ainsi, jour après jour, leur confiance et leur capacité d’expression.

En fin de compte, la meilleure question à poser à votre enfant (pour stimuler sa mémoire et son développement) n’est pas un sésame universel, mais une invitation douce et concrète à partager ce qu’il veut, quand il est prêt. Pour le parent aussi, c’est tout un apprentissage… Et un bel exercice de lâcher-prise.

Le vrai secret ? Un peu comme pour les puzzles : pièce après pièce, sans forcer, on aide l’enfant à assembler l’image de son vécu, à son rythme.