L’école organise une sortie à la piscine, la randonnée annuelle pointe le bout de son nez, sans parler de la traditionnelle kermesse… Mais voilà qu’une tendance fait grand bruit de l’autre côté de l’Atlantique et commence à interroger bien des parents : celle des « Venmo moms », ces mères qui refusent d’accompagner les sorties scolaires — même pour sauver des maîtres(ses) dépassé(e)s par une horde de CE2 en folie — tout en assumant pleinement leur soutien financier.
Les sorties scolaires, un pilier… mais sous conditions
Pour le ministère de l’Éducation nationale, les activités hors des murs de l’école, qu’il s’agisse d’un plongeon à la piscine, d’une randonnée ou d’une visite de musée, sont bien plus qu’un bol d’air : elles sont un accélérateur de découvertes. L’objectif affiché : « favoriser l’acquisition de connaissances et de compétences, concourir à l’épanouissement des élèves et participer à leur ouverture au monde ».
Seulement, pour que chaque escapade se fasse dans les règles — et sans que les enseignants ne se transforment en gardiens de zoo — la loi impose certaines normes d’encadrement. Impossible de s’y soustraire : en primaire, un enseignant ne peut emmener sa classe en vadrouille sans l’assistance d’un deuxième adulte (qu’il s’agisse d’un autre enseignant, d’un ATSEM, d’un aide-éducateur ou… des parents, bien sûr). Seule exception à la règle : si la sortie a lieu à côté de l’école et ne dure pas plus d’une demi-journée. Dans la majorité des cas, la mobilisation parentale est donc indispensable… Sauf quand surgit la redoutée armée des « Venmo moms ».
Qui sont les « Venmo moms » ?
Sous ce nom mystérieux, inspiré d’une appli de paiement en ligne, se cachent tout simplement des mères qui, au moment du recrutement des accompagnateurs, gardent la main dans la poche de leur manteau plutôt que de sauter à bord du car scolaire. Participer à une sortie, donner un coup de main à la kermesse ou accourir pour la fête de classe ? Non merci. En revanche, donner un coup de pouce financier à l’établissement, à coups de virements rapides : là, elles répondent présentes, carte bancaire dégainée !
L’expression « Venmo mom » est née sur TikTok, popularisée par Casey Neal, maman de quatre enfants originaire du Tennessee. Le 7 août 2024, elle s’autoproclame « fière maman Venmo » dans une vidéo qui a enflammé la toile : plus de 662 000 visionnages et 7 000 commentaires, dont beaucoup de femmes se reconnaissant dans cette philosophie et s’affichant, elles aussi, « Venmo moms ».
Pourquoi renoncer à accompagner les sorties ?
Si la démarche peut susciter autant de soutien que de sourcils froncés, elle s’explique pour de nombreuses mamans. Pour celles qui ont commenté la vidéo de Casey Neal, faire un don ou participer financièrement aux activités scolaires, c’est aussi contribuer à la vie de l’école, sans forcément être présente physiquement.
Différentes raisons sont invoquées :
- Des obligations professionnelles parfois impossibles à contourner
- La crainte tout à fait légitime d’être débordée, voire dépassée, par une armée d’enfants enthousiastes ou agités
Loin de l’image du parent peu impliqué, il s’agit plutôt d’une adaptation à la réalité contemporaine, où le temps manque, mais où la volonté de soutenir l’école reste intacte — via le portefeuille, plutôt que via le port du gilet fluo.
Un nouveau modèle d’engagement parental ?
Cette nouvelle manière de contribuer questionne forcément notre vision du « bon » parent. Faut-il culpabiliser lorsque l’on décline systématiquement les invitations à accompagner les sorties ? Pour Héloïse Junier, psychologue et auteure des Émotions de l’enfant, il ne s’agit pas d’un critère déterminant. Selon elle, un parent ne doit pas mesurer son investissement au nombre de pique-niques partagés avec la classe, mais à sa bienveillance et à sa participation, quelle qu’en soit la forme, dans la vie de son enfant.
Finalement, qu’on accompagne la sortie ou qu’on la finance, l’essentiel est l’engagement — et la sérénité avec laquelle on l’assume. La prochaine fois que la fameuse circulaire d’appel à « chers bénévoles dévoués » circulera, souvenez-vous : il existe (aussi) d’autres manières d’être présents pour l’école… et pour ses enfants.











