« Time out » en crèche : le couperet des experts tombe sur une méthode jugée « violente et inefficace »
Quand l’isolement pédagogique met tout le monde en ébullition
Des remous dans le petit monde de la petite enfance ! La psychologue Caroline Goldman, déjà connue pour son franc discours contre l’éducation positive, a récemment proposé d’introduire le « time out » en crèche. But de la manœuvre : isoler temporairement les enfants désignés comme « agressifs ». Mais cette suggestion a fait bondir nombre de professionnels, à commencer par Josette Serres, spécialiste en psychologie du développement et des neurosciences, qui dégaine une condamnation sans appel envers cette pratique jugée à la fois violente et inefficace… et surtout, complètement à côté de la plaque !
Crèches : un terrain balisé où chaque acteur a son rôle
Pour Josette Serres, le débat ne devrait même pas exister dans le monde des crèches. Jusque-là, elle s’était abstenue de s’exprimer sur ce sujet, le réservant à la sphère parentale. Mais là, alerte : « des limites ont été dépassées ». Caroline Goldman, selon elle, n’a tout simplement aucune légitimité à trancher sur ce terrain. Les crèches, insiste Serres, obéissent à des règlements intérieurs stricts et à la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant, qui précise notamment que les professionnels « doivent toujours rester à proximité des enfants ». Bref, chacun son métier, et surtout, ses compétences – pas question ici d’innover en solo au mépris des repères établis. A noter au passage : un référentiel de l’accueil en crèche est même en préparation, et il remet d’ores et déjà la proximité et la protection de l’enfant au cœur du métier.
Time out : confondre symptôme et cause, la recette de l’erreur logique
Josette Serres démonte ensuite l’approche de Caroline Goldman : en imposant l’exclusion à l’enfant « agressif » sans chercher à comprendre l’origine du comportement, on commet une erreur fondamentale. Voici pourquoi :
- Le comportement de l’enfant en crèche est multifactoriel : nombre d’enfants, âge, activité en cours, environnement… ce n’est jamais aussi simple qu’il n’y paraît.
- Qualifier un enfant d’agressif et prescrire le time out, c’est oublier que le symptôme (« l’agressivité ») n’est pas la cause. Soigner l’un sans comprendre l’autre, c’est comme panser une plaie sans vérifier ce qui l’a causée.
- D’après Serres, même un médecin débutant ne ferait pas ce raccourci : traiter tout le monde à la chaîne sans s’intéresser au pourquoi du comment, c’est voir la complexité humaine « par le petit bout de la lorgnette » !
Et pour remettre en perspective : les chercheurs aguerris préfèrent s’appuyer sur des analyses fines et jamais sur des généralités, contrairement à ce que laisse entendre la position de Goldman.
Isolation, stress et développement : la triple peine du « time out »
Résumons : le « time out », sur le papier, c’est simple. Mais pour Josette Serres, c’est aussi incompréhensible qu’une consigne IKEA sans notice ! Pour elle :
- L’enfant de moins de trois ans a un cerveau incapable d’inhiber certains comportements. Si on pense qu’il peut « prendre sur lui », on se trompe allègrement d’époque et de science.
- La collectivité est déjà source de stress énorme pour les tout-petits, qui sécrètent du cortisol à foison en crèche. Moins l’adulte est proche, plus les tensions – et donc les comportements difficiles – se multiplient. Nul besoin d’en rajouter avec l’isolement !
- La théorie de l’attachement, pièce maîtresse validée scientifiquement, rappelle que l’enfant de trois ans est encore totalement dépendant. Le priver volontairement de proximité adulte, c’est provoquer, ni plus ni moins, un puissant sentiment d’abandon et un déficit de sécurité affective. Josette Serres prend le temps de rappeler les mentalités d’avant, avec la fameuse « chaise rouge » – le siège de la « mauvaise action » qui, fort heureusement, a été reléguée au musée des punitions rétrogrades. Les études récentes l’ont prouvé : inefficacité et séquelles garanties !
En situation de crise (morsure, bagarre, etc.), Josette Serres plaide pour une toute autre approche : observer, comprendre, ajuster l’environnement, puis, si besoin, s’éloigner dans un coin calme avec l’enfant. Là, la proximité adulte déclenche la production d’ocytocine (chimiquement équivalent d’un gros câlin), apaise l’enfant, puis permet le dialogue. Un cercle vertueux, à mille lieues du « time out » version punition standardisée !
En résumé, professionnels de la petite enfance, parents ou simples curieux, souvenez-vous : consoler, observer, accompagner reste la clé d’un développement équilibré – la science et le terrain sont formels. On pourrait même suggérer à Caroline Goldman un petit stage en crèche, histoire de troquer la chaise rouge médiatique contre le quotidien riche et nuancé du terrain…











