Donner un prénom à son enfant… En théorie, un moment de joie et de liberté. En pratique, certaines envies créatives font grincer les rouages bien huilés de l’état civil. L’affaire du petit Hadès, bébé dont le prénom fait vaciller la justice, relance avec panache le vieux débat sur les limites de l’originalité parentale. Attention, âmes sensibles s’abstenir : le panthéon des prénoms interdits est plus rocambolesque qu’on ne le croit !
Hadès : un prénom qui met le feu sous les marmites de l’état civil
Kristina et Rodrigo Velasquez croyaient marquer l’histoire familiale avec panache en nommant leur fils Hadès, clin d’œil assumé au célèbre dieu grec des Enfers. Mais l’ascenseur émotionnel a été brutal : le procureur de la République de Saint-Malo, imperturbable gardien de l’intérêt supérieur de l’enfant, a activé l’article 57 du Code civil pour saisir la juge aux affaires familiales. Motif ? Le prénom serait « contraire à l’intérêt de l’enfant ».
Stupeur chez les parents qui, eux, pensaient que le seul risque encouru résidait dans une potentielle crise d’adolescence fulminante. Kristina raconte la surprise : « On a pris une claque. J’ai expliqué à la juge que si j’avais vraiment voulu porter préjudice à mon fils, je l’aurais appelé Celsius Degres. On trouvait que cela sonnait bien. On n’a appris que plus tard ce que ça voulait dire. »
Leur avocat, Pierre Stichelbaut, pointe lui une certaine étrangeté dans la sévérité administrative : « Il y a des prénoms plus abracadabrantesques qui passent sans problème. Il ne s’appelle pas Nutella, Mini Cooper ou Prince William. » L’audience est prévue le 4 avril, et les parents n’entendent pas déposer les armes : s’ils essuient un nouveau refus, ils feront appel.
À la frontière du fantaisiste, le marathon des refus
Le cas Hadès rappelle que l’état civil n’en est pas à son premier rodéo face aux prénoms excentriques. Petite sélection haute en couleur de précédents qui auraient pu sortir tout droit d’un bêtisier officiel :
- En 2009, Titeuf, hommage chevelu au héros de bande dessinée, recalé pour « risque de moqueries ».
- Joyeux et Pastride, deux garçons dont les noms jugés « de nature à créer des difficultés et une gêne effective » n’ont pas convaincu la Cour d’appel de Montpellier.
- Le tribunal de Valenciennes (2015) a tranché : Nutella, ce sera non – le bébé finira prénommé Ella, on ne badine pas avec la pâte à tartiner.
- Plus récemment, Griezmann Mbappé, combo footballistique du couple de Brive-la-Gaillarde, n’a pas reçu le carton vert.
- Côté Belgique, mention spéciale aux jumelles que leurs parents projettaient d’appeler Vagina et Clitorine : la justice leur a préféré un peu plus de… réserve.
- Fraise, inspiré des prénoms fruités comme Myrtille ou Prune, a aussi été retoqué par les juges.
- En 1983 déjà, Fleur de Marie, référence aux Mystères de Paris, n’avait pas passé la rampe du « trop fantaisiste ».
Ce que dit la loi française sur les prénoms… et ses limites
En France, aucune liste formelle de prénoms interdits, mais un arsenal juridique bien trempé. L’article 57 du Code civil laisse toute latitude au procureur de la République pour s’opposer à un choix « contraire à l’intérêt de l’enfant ou au droit des tiers à protéger leur nom de famille ». La circulaire d’octobre 2011 va plus loin, précisant que sont sur la sellette :
- Prénoms à « consonance ridicule, péjorative ou grossière »
- Noms difficiles à porter, par leur complexité ou leur lien à des personnages déconsidérés dans l’histoire
- Vocabulaire de pure fantaisie
Bref, si l’inspiration parentale croise la route de l’absurde, de la provocation ou du ridicule, la justice peut appuyer sur le bouton rouge. Nul besoin d’appartenir au panthéon grec ou au dictionnaire fruitier pour trébucher.
Quand la diversité culturelle se heurte à l’administration
L’originalité, c’est aussi parfois la défense d’une identité. En avril dernier, un couple originaire d’Occitanie a découvert la rigueur de la réglementation en voulant nommer leur fille Lilòia. Le consulat français a refusé ce prénom, en raison du « ò », lettre bannie de l’alphabet officiel utilisé par l’état civil. On leur a proposé la version standardisée sans accent – Liloia – mais ils ont préféré tenir bon. « J’ai du mal à croire que l’État français se sente menacé par quelques prénoms qui portent un accent sur le ‘o' », a réagi le père.
Si l’affaire Hadès est encore en suspens, le débat est bien là : entre imagination débordante et tradition, la frontière est-elle si claire ? À tous les futurs parents tentés par la fantaisie, mieux vaut jeter un œil au Code civil avant de faire trembler la plume du registre d’état civil… et songer à l’impact sur la vie de l’enfant. Après tout, c’est lui qui portera ce prénom (et peut-être aussi le regard amusé ou surpris du monde).











