À table, chaque mot peut compter triple… surtout auprès des petites oreilles attentives ! Derrière les phrases banales que l’on prononce parfois sans réfléchir, se cachent de vraies conséquences sur la relation des enfants à la nourriture. Et quand on se penche sur ce que disent les experts, une évidence s’impose : certains mots, même déguisés en bonnes intentions, peuvent laisser des traces profondes. Voici comment éviter les faux-pas dans l’assiette… et dans la tête de nos enfants.
Pourquoi nos mots à table comptent-ils autant ?
- Les commentaires traditionnels voire archaïques, omniprésents notamment sous certaines vidéos parentales sur TikTok, font plus de mal que de bien. Bien loin de régler les petits tracas du repas, ils peuvent détruire durablement la relation de l’enfant avec la nourriture, et conduire à l’apparition de troubles du comportement alimentaire (TCA).
- Les mots ne sont jamais neutres. Ils peuvent soigner… ou blesser. Lorsqu’il s’agit d’éducation, particulièrement alimentaire, cette règle d’or prend tout son sens.
La néophobie alimentaire, un passage… normal mais déroutant !
Rares sont les enfants qui échappent à la néophobie alimentaire. Quésaco ? C’est la phase où, entre 2 et 6 ans le plus souvent, les petits refusent obstinément de goûter de nouveaux aliments. Jusqu’à 75 % des enfants seraient concernés ! Alors, non, votre loulou n’est pas un cas à part. Cette peur (ou réticence) de la nouveauté est une étape normale du développement, même si – avouons-le – elle tape parfois sur le système parental.
Mais attention : les mots que l’on emploie durant cette période influencent beaucoup la future relation de l’enfant à la nourriture.
Ces phrases qui font plus de dégâts que de bien
- « Mange pour me faire plaisir ! » : Ah, la fameuse culpabilisation… Or, l’enfant doit manger pour lui-même et selon ses besoins, pas pour valider les attentes de l’adulte. Après tout, vous ne dînez pas pour contenter votre collègue de bureau, si ?
- « Si tu veux grandir, mange ta soupe ! » : En plus d’être erronée, cette affirmation crée des attentes irréalistes. L’enfant pourrait se sentir déçu s’il n’obtient pas l’effet escompté, ou remettre carrément en cause l’intérêt de manger varié.
- Hiérarchie des aliments : le dessert-récompense : Dire qu’il faut « gagner » son dessert place certains aliments comme des obstacles, d’autres comme des récompenses miraculeuses. Résultat : frustration, fixation sur le sucré, désintérêt pour la diversité. De plus, le dessert, s’il est composé d’un fruit et d’un yaourt ou fromage, n’est pas à bannir : il apporte vitamine C et calcium, des nutriments essentiels.
- « Fais un effort, encore une bouchée ! » : Cette petite phrase apparemment anodine fait perdre à l’enfant son autonomie et le connecte moins à ses besoins réels de faim ou de satiété. À force, il ne sait plus écouter ses sensations : attention au rapport malsain à la nourriture…
- Encourager l’enfant à explorer de nouveaux goûts sans pression, avec curiosité et légèreté. D’ailleurs, promouvoir la variété et le plaisir de manger, c’est favoriser une belle relation à table sur le long terme.
- Éviter de catégoriser les aliments en « bons » et « mauvais ». Ce réflexe favorise la culpabilité et entrave une alimentation équilibrée.
- Miser sur l’écoute des signaux internes : faim, satiété… L’enfant apprend ainsi à réguler naturellement sa consommation, limitant le risque de suralimentation ou, inversement, de restrictions excessives.
- Savoir que tous les aliments, y compris le dessert (fruit, yaourt, fromage), ont leur place dans une alimentation complète !
Parlons positif et solutions pratiques
Enfin, si la période de néophobie alimentaire vous semble interminable et que les repas se transforment en champs de bataille, pas de panique (ni de résignation !) : il est toujours possible de demander conseil à un pédiatre, une diététicienne spécialiste de l’alimentation pédiatrique ou d’envisager un bilan orthophonique si besoin.
Conclusion : À table, déculpabilisons… et pensons avant de parler ! Les repas en famille doivent rester un moment de partage, sans pression ni rapport de force. Nos paroles façonnent la relation de nos enfants avec la nourriture : privilégiant la bienveillance et la curiosité, on les aide à grandir sereinement… quelle que soit la couleur de leur soupe !











