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Dormir avec son enfant : faut-il céder ou tracer la limite ? Ce que conseille la psychologue

Qui n’a jamais vu surgir, en pleine nuit, une petite ombre silencieuse faufiler dans sa chambre, pour s’incruster en douce entre papa et maman ? Scène bien connue de nombreux parents, mais aussi dilemme épineux : faut-il tolérer que son enfant prenne racine dans le lit conjugal… ou tracer gentiment, mais fermement, la frontière du dodo ?

Pourquoi nos enfants se glissent-ils dans notre lit la nuit ?

Avant de dégainer le non catégorique ou d’ouvrir grand les bras – et la couette – il convient, selon Catherine Verdier, psychologue-analyste pour enfants et adolescents et fondatrice de Psyfamille, de décortiquer la situation. Car si votre bambin, jusque-là champion de l’endormissement solo, ressent soudainement ce besoin de vous rejoindre, il y a fort à parier qu’il y a une raison derrière cette expédition nocturne.

  • Besoin de réconfort : Pour l’enfant, le lit parental est synonyme de câlins et de sécurité. Qui résisterait à ça, franchement ?
  • Passer du temps ensemble : Peut-être vous a-t-il peu vus dans la journée et rattrape-t-il le temps perdu, version pyjama party.
  • Peur du noir ou des monstres : Ces grandes angoisses débarquent souvent autour de deux ans, expliquées par Catherine Verdier comme tout à fait normales et même inhérentes au développement de l’enfant.
  • Terreurs nocturnes ou cauchemars : Parfois, c’est dans un demi-sommeil hurlant que votre enfant se faufile.
  • Cycles de sommeil : À deux ou trois ans, il arrive souvent qu’un enfant, réveillé à la fin d’un cycle, ait du mal à retrouver le sommeil tout seul.

Le cododo : bonne ou mauvaise idée ?

La spécialiste avertit : ce qui est agréable pour l’un ne l’est pas forcément pour les deux autres (comprenez, parents privés de sommeil et/ou d’intimité conjugale !). Le lit conjugal, c’est aussi l’espace du couple. Lorsque l’enfant s’y invite trop souvent, il peut entrer dans ce que les spécialistes appellent le « complexe d’Œdipe » : il s’immisce dans la relation de couple, et cela prend une toute autre tournure quand il tente subtilement de prendre la place de l’un de ses parents !

Le cododo, donc, ce n’est pas toujours la panacée. Pas de panique si cela reste exceptionnel : un cauchemar, une maladie, une mauvaise nuit, cela arrive. Mais si cela devient routinier – et notamment si l’un des parents finit relégué sur le canapé ou dans la chambre d’amis – attention, il y a un véritable souci pour tout le monde.

  • Si la venue de l’enfant dans le lit parental est exceptionnelle, pas d’angoisse.
  • Si c’est régulier, cela perturbe le couple… et l’autonomie de l’enfant.

Des limites à poser… et des astuces pour retrouver ses nuits

Pour Catherine Verdier, la clé est de garder le geste occasionnel, et que l’enfant sache s’endormir seul la plupart du temps. Certains enfants réclament la main de papa ou maman pour trouver le sommeil : tout à fait mignon sur le papier, mais moins pratique si cela dure une heure… ou deux. Il faut alors accompagner, mais poser des limites.

Autre règle de base : plus l’enfant grandit, plus il doit apprendre à rester dans son lit. Un petit de deux ou trois ans qui cherche votre compagnie la nuit, plutôt classique. Mais à quatre, cinq ou six ans, il est important de l’encourager à dormir dans son espace, en expliquant avec bienveillance mais fermeté :

  • Chacun a son lit, et c’est important d’y dormir toute la nuit.
  • L’intimité des parents, ce n’est pas négociable (même avec la bouille la plus craquante du monde).

Pas de recette magique, chaque enfant reste unique avec son lot de peurs, de besoins et d’attaches. À chaque famille de personnaliser la transition vers l’autonomie nocturne.

Quels outils pour un sommeil apaisé ?

Selon la psychologue, inutile de perdre son sang-froid au beau milieu de la nuit : ça ne ferait qu’empirer les choses. Elle recommande de préparer l’enfant en amont, en instaurant notamment une routine :

  • Un temps calme (lecture, papotage, câlin) dans la chambre de l’enfant.
  • Une petite veilleuse pour chasser les ombres, si besoin.
  • Des mots rassurants (« Papa et maman sont à côté, tu peux dormir tranquille, on se retrouve demain matin !»).

Si la cohabitation nocturne devient inévitable, la psychologue conseille quelques astuces de survie : ne pas rendre l’espace de l’enfant dans la chambre parentale trop tentant (le lit douillet, c’est dans sa chambre !), et si vous installez un matelas, privilégiez le bout du lit plutôt que juste à côté d’un parent. Quid de vous installer vous-même chez lui ? Dernière extrémité : ce serait, selon Catherine Verdier, l’enfant qui prend en otage le parent…

Enfin, si les soucis de sommeil s’installent ou empirent, n’hésitez pas à consulter un pédiatre ou un psychologue pour des conseils sur-mesure.

En résumé : quelques incursions nocturnes n’ont rien de dramatique, et partager une pyjama party le vendredi peut être un rituel sympa… tant que tout le monde y trouve son compte et que cela ne devient pas la norme. Parent, soyez rassuré : accompagner l’autonomie nocturne prend du temps – mais tenez bon, la nuit paisible vous attend sûrement au bout du couloir !