Et si le bonheur à deux ne passait plus par le lit ? Quand la sexualité s’efface, mais que le couple s’épanouit…
Peut-on être heureux ensemble sans faire l’amour (tout le temps) ?
Ce matin, Valentine, 30 ans, se pose la question sans sourciller – et sans le moindre tabou. Pourtant, il y a dix ans, elle traversait montagnes, frontières et carrières pour Pablo, qu’elle avait rencontré à 20 ans dans un autre pays. Les amoureux d’alors sont aujourd’hui parents d’une petite fille, toujours soudés mais… nettement moins actifs sous la couette qu’à leurs débuts.
Le coupable ? Un scénario assez classique : la naissance de leur enfant. Après l’accouchement, les envies de Valentine s’amenuisent, la peur d’avoir mal s’invite, la fatigue s’installe sournoisement et, petit à petit, le quotidien grappille les dernières miettes d’énergie du jeune couple. « Avant, on rentrait de nos journées, on avait la maison pour nous, c’était plus propice à faire l’amour qu’aujourd’hui. L’envie n’est pas morte, mais elle est moins présente, et on a rarement la force », confie Valentine. Bref, les séances de galipettes deviennent plus espacées, mais la maison n’en résonne pas moins de bonheur.
Quand l’intimité évolue (et ce n’est pas si grave…)
Ce que d’autres considéreraient comme une perte, Valentine et Pablo le vivent comme un simple changement de tempo. Place à une nouvelle forme d’intimité. Finies les peaux mortes, les regards gênés et les stratégies pour cacher ses chaussettes de Noël : chez eux, plus aucune pudeur, mais une complicité physique intacte. Un exemple ?
- L’hiver, ils s’offrent des journées en amoureux aux eaux thermales.
- Ils prennent encore des douches à deux, s’enlacent, partagent tendresses et câlins…
Mais tout cela ne les conduit pas forcément à faire l’amour. Et loin de s’en émouvoir, le couple discute, échange, mais ne dramatise jamais ces périodes de « calme plat » (« On n’en fait pas un drame », glisse Valentine). Mieux, elle voit dans cette sexualité sur pause quelque chose de « naturel » : « Notre couple est loin de ne tenir qu’à ça ! On est complices, on fait des tonnes de choses ensemble, il me connaît mieux que personne, il sait exactement comment me soutenir quand je n’ai pas le moral, il m’aide à avancer, je peux tout lui confier. »
Réinventer le couple : adieu le modèle unique
Valentine et Pablo ne sont pas seuls sur cette voie. D’autres couples voient le désir pour leur partenaire s’estomper, voire disparaître complètement, sans remettre en cause leur lien. Certains choisissent de briser le modèle d’exclusivité, vivant des aventures « à côté » et y trouvant la paix de l’esprit. Chez tous, la question de la sexualité peu fréquente rencontre la même réponse tranquille : « Et alors ? ».
Ce détachement intrigue, tant la sexualité est aujourd’hui perçue comme le socle du couple moderne – souvent point de départ d’une histoire, comme le rappelle le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Désir d’abord, sentiments ensuite : le schéma traditionnel s’est inversé ! « Le sexe est un moment fondateur très chargé en symbolique », résume-t-il. Découvrir l’autre, c’est explorer un nouveau continent et vivre une fusion, précise la psychanalyste Florence Lautrédou. Que l’on se rassure : l’intensité du début (parfois trois ébats hebdomadaires !) finit presque toujours par baisser, surtout après un événement majeur ou l’arrivée d’un bébé. Sans pour autant menacer l’avenir du couple. Valentine en est la preuve vivante : « On ne va pas se forcer juste pour faire comme les autres couples. »
Le sociologue observe diverses façons d’habiter sa relation :
- Certains continuent d’avoir des rapports par habitude ou pour « rassurer » le couple.
- D’autres préfèrent chercher du plaisir ailleurs.
- Une partie opte pour un « couple cocon » : priorité au soutien mutuel, à la complicité, plutôt que la passion torride.
C’est là que naît une forme d’amour apaisé, sécurisant, où la sexualité n’est qu’une option parmi d’autres. Selon Florence Lautrédou, bannir la tension sexuelle permet d’apporter de la stabilité : fini l’obligation de se « vendre », d’inventer, de démontrer sa désirabilité – ce qui, mine de rien, épuise. Sans l’excitation, tout roule plus simplement.
Entre sexualité individuelle et bonheur partagé
On en vient alors à reproduire involontairement le modèle familial hérité : celui d’un foyer « asexué », car, en théorie, les parents ne se dévoilent pas aux enfants sous cet angle. Reflet de la « conjugalité paisible », version « bonne équipe ». Et surprise : selon Florence Lautrédou, l’absence de sexualité ne fait pas obstacle au bonheur du couple… à condition de ne pas sacrifier ses propres besoins de désir. Le secret ? Maintenir une relation de soi à soi, grâce à l’autoérotisme, c’est-à-dire la masturbation.
En somme, que l’on attende avec impatience le départ des enfants, qu’on réinvente sa vie à deux ou qu’on cultive la complicité plus que le sexe, le couple s’épanouit parfois mieux en dehors des sentiers battus. Le bonheur à deux ? Parfois, il a tout d’un simple câlin – ou, avouons-le, d’une bonne équipe sous la couette… pour dormir !











