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Interdiction des écrans chez les tout-petits : « Un profond mépris du terrain » selon les assistantes maternelles

Le 2 juillet 2025, l’interdiction des écrans pour les moins de trois ans dans les structures d’accueil est tombée comme une déclaration officielle : fini les dessins animés, bonjour les cubes en bois. Mais dans la profession, beaucoup crient au profond mépris du terrain. Décryptage d’une mesure qui divise, entre indignation syndicale et réalités du quotidien.

Un arrêté qui dérange le terrain

  • Depuis le 2 juillet 2025, il est formellement interdit d’exposer les enfants de moins de trois ans aux écrans (télévision, tablette, smartphone, ordinateur) dans les crèches et chez les assistantes maternelles.
  • Cet arrêté, issu d’une modification de la charte nationale pour l’accueil du jeune enfant, entend protéger leur développement face aux risques désormais bien documentés des écrans.

La nouvelle réjouira sans doute les militants du « 0 écran chez les petits ». Pourtant, côté professionnels, cette réforme est vécue comme un affront. Le S.P.A.M.A.F (Syndicat Professionnel des Assistants Maternels et des Assistants Familiaux) l’a bien fait savoir dans un communiqué paru le 4 juillet : imposer, sans concertation préalable, une pratique déjà largement intégrée, ça ne passe pas.

Indignation chez les assistantes maternelles

Henriette Amiel, Secrétaire Générale du S.P.A.M.A.F, ne mâche pas ses mots : l’arrêté est vécu comme une « infantilisation » des assistantes maternelles. Selon elle, ces professionnelles ont « depuis bien longtemps instauré ce principe éducatif d’absence des écrans ». Qui peut imaginer que celles et ceux qui aident à construire les adultes de demain ignorent les besoins fondamentaux des tout-petits ?

Elle interpelle directement les décideurs :

  • Pourquoi choisir d’imposer ce qui est déjà pratiqué avec sérieux ?
  • Le gouvernement ne ferait-il pas mieux de descendre de ses bureaux pour traîner un peu sur le terrain — ou au moins lire quelques posts de pros sur les réseaux sociaux ?

Plus sérieusement, le syndicat dénonce un « profond mépris » de la réalité vécue par les assistantes maternelles. Et pendant ce temps, selon lui, les « vrais sujets » — comme les abus des PMI (services de Protection Maternelle et Infantile) et le problème des impayés — continuent de miner la profession, sans que cela ne fasse l’objet de véritables mesures.

La ministre tente de rassurer (mais pas trop)

Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, a répondu dès le 2 juillet par communiqué. Elle accorde toute sa confiance aux professionnels de la petite enfance, rappelant leur vigilance dans les pratiques et leur rôle clé auprès des familles. Selon elle, les assistantes maternelles seront « les piliers de cette mobilisation générale », chargées d’accompagner la mise en œuvre de la mesure et d’inciter les parents à faire de même à la maison.

Mais là encore, des voix s’élèvent : est-ce bien aux assistantes maternelles de porter seules la responsabilité d’un environnement sans écrans, y compris hors de leur cadre professionnel ?

Voix du terrain et diversité des pratiques

Les réactions ne se font pas attendre sur le terrain et sur les réseaux sociaux, où une véritable mosaïque de témoignages apparaît. Plusieurs professionnels racontent avoir vu ou entendu des collègues utiliser les écrans avec les enfants. Une retraitée avoue que, malgré les injonctions officielles, la pratique du « un peu d’écran pour souffler » n’a pas disparu. D’autres affirment que le rappel de la nocivité des écrans reste nécessaire, regrettant qu’on n’ait pas été plus loin dans la prévention, dès le début de la grossesse, auprès des parents eux-mêmes.

Tout le monde ne pointe cependant pas uniquement du doigt les assistantes maternelles. Une ancienne directrice de crèche municipale observe que le problème ne se limite pas aux structures de la petite enfance :

  • Les écoles, dit-elle, laissent parfois les élèves, y compris les maternelles, devant des programmes peu adaptés.
  • Personne n’est épargné par la tentation du « baby-sitter à écran », surtout dans un quotidien rythmé.

Certains proposent même la création d’une « école de la parentalité », arguant qu’on n’apprend pas à devenir parent et que la société a parfois la fâcheuse manie de culpabiliser à tout-va plutôt que d’accompagner efficacement.

En conclusion, la mesure gouvernementale sur les écrans part certainement d’une bonne intention mais se heurte à la complexité (et parfois à l’humour) d’un métier de terrain, trop souvent infantilisé plutôt qu’écouté. Peut-être faudrait-il commencer par demander aux professionnels ce qu’ils vivent au quotidien… et leur faire confiance sur ce qu’ils savent déjà faire !