L’interdiction totale des écrans dans les crèches : voici une proposition de loi qui met le feu aux poudres dans le secteur de la petite enfance ! Tandis que la question de la surexposition des tout-petits aux écrans agite la société, deux députés viennent de déposer un texte législatif pour bannir écrans et tablettes des lieux d’accueil. Mais cette initiative, loin de rassurer, indigne et blesse des professionnels qui revendiquent déjà leur engagement et leur compétence. Décryptage d’un débat brûlant où la reconnaissance du métier est au cœur de la polémique.
Une proposition de loi qui fait du bruit
Le lundi 8 avril, deux députés LR, Annie Genevard (Doubs) et Antoine Vermorel-Marques (Loire), ont déposé une proposition de loi visant à interdire l’exposition aux écrans pour les enfants de moins de trois ans dans tous les lieux d’accueil de la petite enfance. Selon Antoine Vermorel-Marques, la cible est claire : « 50% des enfants sont gardés en dehors de la famille et donc dans ces cadres ». Une statistique qui justifie, selon lui, d’agir spécifiquement dans ces environnements.
Ce texte, composé de trois articles, entend inscrire dans le Code de l’action sociale et des familles une restriction de l’usage des écrans en présence des enfants accueillis et l’interdiction de leur exposition à ceux-ci. Sont directement concernés :
- les critères de l’agrément des assistantes maternelles ;
- le contenu de leur formation obligatoire ;
- l’ensemble des crèches, qui devront également appliquer ces mesures.
Petite subtilité tout de même : aucun dispositif de contrôle n’est prévu pour vérifier l’application effective de cette règle.
Un contexte de santé publique… et politique
Si la question du rapport des jeunes enfants aux écrans est devenue un enjeu majeur de santé publique, elle s’inscrit aussi dans une dynamique politique. En janvier dernier, Emmanuel Macron avait lui-même fait de la régulation de l’accès aux écrans l’une de ses priorités, missionnant un comité d’experts chargé d’évaluer l’impact des écrans sur la santé physique et mentale des enfants et adolescents. Or, les deux députés LR ont choisi de déposer leur proposition de loi avant même que ce comité ne livre ses conclusions.
Ce sujet, déjà présent dans le débat parlementaire : en janvier 2023, une autre proposition de loi portée par les députées Caroline Janvier et Aurore Bergé visait à prévenir la surexposition aux écrans sur une tranche d’âge plus large (0 à 6 ans), dans l’espoir d’initier un véritable plan national. Adoptée par l’Assemblée nationale, elle attend encore d’être examinée par le Sénat.
Professionnels de la petite enfance : une indignation partagée
Malgré les précautions prises par les députés pour rappeler qu’il ne s’agit pas de « stigmatiser les professionnels », la réaction ne s’est pas fait attendre : tout le secteur de la petite enfance s’érige contre une mesure jugée dévalorisante, voire insultante. Le Syndicat Professionnel des Assistants Maternels et des Assistants Familiaux (S.P.A.M.A.F) se dit « humilié » et voit dans ce texte une preuve supplémentaire du manque de reconnaissance qui frappe la profession.
Elisabeth Laithier, présidente du Comité de filière petite enfance, estime de son côté : « La loi n’est pas l’outil approprié pour traiter de ce sujet capital. » Selon elle, « tous les professionnels de la petite enfance, tous, connaissent parfaitement ces avertissements quant aux dangers des écrans sur le cerveau des tout petits ». Elle insiste sur une priorité différente : la sensibilisation des parents accompagnée par les professionnels.
- Des professionnels formés et informés ;
- Des avertissements largement connus ;
- Un besoin criant de reconnaissance plutôt que de suspicion.
Que penser de cette nouvelle réglementation ?
Faut-il légiférer pour interdire l’usage d’écrans dans les crèches ? La question mérite débat ; mais pour les principaux concernés, le mal est ailleurs : ils réclament que soient reconnues leurs compétences et suggèrent de s’appuyer davantage sur leur expertise pour éduquer… les adultes.
En attendant la suite du parcours parlementaire de cette proposition, un constat s’impose : la réglementation ne saurait tout résoudre si elle occulte le besoin vital de valorisation d’un secteur qui porte, chaque jour, l’avenir de nos enfants. Peut-être serait-il temps de regarder les professionnels de la petite enfance autrement… sans écran interposé.











