Depuis la nuit des temps, une question obsède l’humanité (ou du moins, tous ceux ayant déjà marché sur une brique de Lego) : comment diable organiser ce bazar infini de jeux et de jouets ? Bonne nouvelle, une méthode venue du Québec bouleverse la donne et fait vibrer les spécialistes. Son nom : ESAR. Mais qu’a-t-elle donc de si révolutionnaire pour séduire à ce point les passionnés du ludique ? Suivez le guide, méthode et fous rires (presque) garantis.
L’origine d’ESAR : un coup de génie québécois
Élaborée dans les années 80 par trois psychopédagogues et un bibliothécaire, tous réunis à Montréal pour une aventure universitaire qui sent bon la poutine intellectuelle, la méthode ESAR a vu le jour en 1982, a été peaufinée en 1993, puis enrichie en 2015. Son nom, plutôt mystérieux de prime abord, est en réalité un acronyme simple comme bonjour : E pour exercice, S pour symbolique, A pour assemblage, R pour règles, le tout précédé de « système », histoire de bien insister sur le caractère structuré de l’engin. C’est Fabienne Agnès Levine, psychopédagogue, qui a su défricher les grandes lignes de cet outil qui, aujourd’hui, fait vibrer bien plus que les rayonnages de ludothèques.
Un classement ultra-rigoureux (et partagé)
La magie d’ESAR ? Elle s’adresse avant tout aux professionnels de l’éducation, de l’animation, et aux ludothécaires : oublier les classements subjectifs du salon familial, ici, on joue dans la cour des grands. À l’aide de savoirs issus de la psychologie et des techniques documentaires, ESAR propose une grille de critères objectifs pour recenser et décrire la montagne de jeux et jouets existants, tout en répertoriant leurs qualités éducatives. On utilise avec fierté une cotation faite de lettres et chiffres, à la manière des pros du classement en bibliothèque. Qui a dit que jouer manquait de rigueur ?
Une fois le jouet indexé, tous les adeptes ESAR auront un regard commun sur lui. Par exemple, les fameux C221 sont tous des jeux de coordination œil-main, tandis que les A107 relèvent de la manipulation pure. Mais attention, il ne suffit pas de jeter les dés et d’inventer une cote au petit bonheur la chance : cette analyse prend du temps, nécessite de consulter des grilles précises et se fait, de préférence, en équipe (et non devant sa télé, entre la poire et le dessert).
Un système fondé sur le développement de l’enfant
Inspirée des stades de développement de Jean Piaget, la classification ESAR compte quatre grandes familles, sans être enfermée dans des tranches d’âge :
- Jeux d’exercice : jeux sensoriels et moteurs répétés, idéaux pour explorer le monde et obtenir des résultats immédiats. Prisés dans les deux premières années mais pas uniquement : citons les jeux moteurs qui défoulent petits et grands.
- Jeux symboliques : place au faire-semblant, l’imitation et la représentation dès la fin de la seconde année, pour des aventures imaginaires qui durent longtemps.
- Jeux d’assemblage : rassembler, combiner, organiser divers éléments pour former un tout, parfois dès un an et jusqu’à un niveau de complexité élevé. L’idéal pour mobiliser sensori-moteur, représentatif et logique.
- Jeux de règles : le Graal des conventions : ici, on respecte un code précis et l’on apprend à anticiper, à formuler des hypothèses – avec, selon Piaget, un vrai démarrage dès 6 ans. Mais réjouissons les plus jeunes, des jeux de règles simples séduisent aussi dès 2 ans !
L’analyse d’un jeu, chez ESAR, va loin : six facettes (type de jeux, habiletés cognitives et fonctionnelles, activités sociales, habiletés langagières, conduites affectives) permettent d’affiner chaque fiche, jusqu’au détail le plus pointu. Et non, deux boîtes à formes ne sont pas classées pareil si l’une ressemble à un escargot à roulettes et l’autre à … une boîte à formes toute simple.
ESAR et COL : la complémentarité gagnante
Arrivée en France en 1989 grâce à Odile Perino, qui dirigeait une ludothèque à Lyon, la méthode a vite prouvé sa valeur mais pas forcément sa simplicité d’usage. Pour ceux qui préfèrent un mode « rapide », elle a conçu, en 2002, le COL (Classement des Objets Ludiques). Moins de chiffres, place aux abréviations faciles. Par exemple :
- Une toupie : E sen-man (exercice sensoriel-manipulation)
- Un domino : R ass (règles-association)
Pas de jaloux : les deux outils sont complémentaires ! Pour gratter la surface ludique, vive le COL ; pour une exploration approfondie et psychologique, ESAR déploie ses concepts… au prix d’une sacrée formation tout de même.
Pourquoi ESAR fascine (et change vraiment la donne)
En ludothèques et espaces collectifs, gérer des centaines d’objets ludiques sans perdre son latin relève de la gageure. ESAR permet d’organiser stocks, emprunts, retours et rangement avec rigueur, qu’on soit adepte du carnet ou du logiciel. Différence notable dans les crèches ou établissements pour tout-petits : la gestion des jouets y reste souvent improvisée, à l’exception du ménage. Se former à ESAR change le regard sur les jeux, incite à un aménagement soigné de l’espace et du matériel.
Mais attention : classer, coter, analyser ne doit jamais saboter le plaisir fondamental de jouer. L’objectif n’est pas de brider l’inventivité des utilisateurs mais de mettre en valeur la richesse cachée de chaque élément du jeu. Comprendre sans enfermer, organiser sans figer, voilà le vrai défi.
Envie d’en savoir plus sur ESAR et ses cousins ? Direction les références citées et les sites spécialisés pour approfondir, se former et peut-être révolutionner votre manière de voir… même le plus improbable des jouets oubliés sous le canapé !











