À la une

Jusqu’à 200 euros d’augmentation et bonus : la grande offensive sur les salaires dans les crèches privées démarre

Quand la patience a ses limites, certains n’attendent pas l’État pour sortir le carnet de chèques. Alors que le secteur de la petite enfance scrute encore la moindre nouvelle des arbitrages gouvernementaux sur la revalorisation salariale, Babilou, mastodonte des crèches privées lucratives, avance ses pions et lance une offensive inédite sur les salaires de ses salarié·es. Au menu, trois mesures frappantes taillées pour séduire, retenir et, qui sait, inspirer la concurrence. Alors, tremblez, baby-bosses du secteur !

Une revalorisation salariale immédiate : jusqu’à 200 euros de plus pour les pros qualifiés

Qui a dit que la Saint-Valentin rendait mou du portefeuille ? Le 14 février, Vincent Bulan, DG France du groupe Babilou, a annoncé ce que tout le secteur attendait de Bercy : une revalorisation sonnante et trébuchante. Concrètement, dès le 1er avril (et ce n’est pas une blague), tous les salariés dits de « rang 1 » – comprenez les titulaires d’un diplôme d’État (éducateur-jeunes-enfants, auxiliaire de puériculture, infirmière puéricultrice, etc.) – verront leur fiche de paie gonflée de 150 à 200 euros bruts par mois. Une bouffée d’air pour ces professionnels, avec un impact immédiat aussi bien pour les salarié·es en poste que pour les recrues fraîchement débarquées.

Des conséquences ? Oui, car cette augmentation accentue l’écart de rémunération avec les « rang 2 » (soit, pour 60% du personnel, les titulaires d’un CAP AEPE). Mais l’objectif de la manœuvre est assumé : « décorréler » les salariés de rang 1 du SMIC et inciter les rang 2 à viser la montée en compétences. De quoi rendre l’ascension, certes plus motivante qu’une montagne de cubes en salle de jeu !

Un bonus pour valoriser la présence : la carotte du présentiel récompensé

Au royaume du baby-sitting, chaque présence compte. Babilou l’a bien compris et met en place un bonus annuel d’environ 25% du salaire mensuel. Explications : en octobre, tous les salarié·es en CDI justifiant de plus de deux ans d’ancienneté et présents toute l’année toucheront ce supplément (calculé au prorata des jours travaillés).

L’idée, là encore, est simple : freiner l’absentéisme « perlé » du quotidien. Vincent Bulan justifie : « On a besoin des professionnels au quotidien. On a donc voulu mettre en place un mécanisme qui permette de réduire l’absentéisme… ». Cette avancée, négociée avec les représentants du personnel lors des NAO, offre une reconnaissance tangible de l’engagement des équipes.

  • Bonus correspondant à un quart du salaire mensuel
  • Versé en octobre
  • Réservé aux CDI avec plus de deux ans d’ancienneté, présents toute l’année
  • Au prorata du temps de travail effectif

30 heures de détachement pour la VAE : le tremplin de l’évolution interne

Et pour ceux qui lorgneraient la marche supérieure, Babilou offre un véritable coup de pouce aux salariés de rang 2 désireux d’évoluer. En leur attribuant 30 heures de détachement dédiées à la préparation d’une VAE (validation des acquis de l’expérience), le groupe souhaite relancer la dynamique de formation interne. Objectif affiché : attirer, former et embaucher davantage de professionnels diplômés rang 1 dans ses rangs… et, plus largement, dans tout le secteur de la petite enfance.

Vincent Bulan le rappelle : « On souhaite redonner envie à ces professionnels de rang 2 d’avancer vers un diplôme, de se former, et d’aller vers les métiers de la catégorie de rang 1… La VAE est un projet personnel, mais on va leur permettre de se détacher du temps sur leur temps de travail pour pouvoir le faire. C’est un geste fort, c’est du salaire que l’on donne. » Derrière ce cadeau, un calcul évident : favoriser le recrutement interne de professionnels qualifiés, pour répondre à une pénurie durable.

  • 30 heures de travail détaché pour préparer sa VAE (salariés rang 2)
  • Possibilité de viser un diplôme d’auxiliaire de puériculture ou d’éducateur de jeunes enfants
  • Accompagnement et temps alloués sur les heures de travail

Babilou l’exemple ? Un appel à l’entraînement collectif

Si ces mesures dévoilent une stratégie de fidélisation et d’attractivité, Babilou ne cache pas son ambition d’entraîner le reste du secteur. « Depuis 2022, nous sommes Entreprise à Mission, on se doit d’être les mieux-disants du secteur, » affirme Vincent Bulan, qui espère ainsi « donner le la et mettre en place un cercle vertueux pour la revalorisation des métiers de la petite enfance ». En filigrane, il s’agit aussi (et surtout) de faire de Babilou un modèle à suivre, brisant la morosité d’un secteur trop habitué à faire la queue à la porte de Bercy.

En attendant les décisions ministérielles, Babilou n’attend plus : les dés sont lancés, à qui le tour d’ouvrir le jeu ? Un indice : dans le monde de la petite enfance, copier sur son voisin n’a jamais été aussi recommandé !