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La comptine « Il était un petit navire » révèle un passé sombre : saviez-vous qu’elle parlait de cannibalisme ?

Qui n’a jamais fredonné « Il était un petit navire » en ignorant complètement qu’il s’agissait là d’une histoire… de cannibalisme sur fond de marins affamés ? Installez-vous confortablement, vous risquez bien de ne plus jamais entendre cette mélodie enfantine du même œil !

Une aventure sur la Méditerranée… qui tourne au cauchemar

  • Le petit navire, qui n’avait – tenez-vous bien – « jamais ja, ja, jamais navigué », s’en va parcourir la mer Méditerranée, tout enthousiasme dehors.
  • La traversée s’annonce longue : après cinq à six semaines en mer, les réserves de vivres « vin, vin, vinrent à manquer ».

Et c’est là que les choses se corsent (sans mauvais jeu de mots marin) : au lieu de croiser des dauphins, nos matelots tirent à la courte paille pour savoir lequel sera mangé. Littéralement. Le sort tombe sur le plus jeune, désigné malheureux gagnant malgré qu’il ne fut « pas très épais » – il n’y avait pas de bonus pour la finesse à bord, apparemment.

Le menu du jour ? Surprise…

Les marins n’y vont pas avec le dos de la cuillère :

  • L’un suggère de frire le mousse, sûrement pour la croustillance.
  • L’autre penche pour le fricasser, question de goût !

Et pendant qu’on débat gaiement de la meilleure recette, le pauvre enfant – vous l’aurez deviné, ce petit mousse – prend de la hauteur sur le grand hunier afin de prier le ciel.

Dans un élan de désespoir aussi sincère que désespéré, il lance ses prières vers l’immensité, implorant la Sainte Vierge de décourager ses compagnons de bord menu.

Un miracle sur fond de famine

Mais voilà, histoire de prouver qu’il existe parfois une justice céleste (ou, tout du moins, une variable scénaristique bienvenue), un miracle survient : sur le navire, des « petits poissons » jaillissent « par milliers », bondissant dans l’embarcation.

Ni une ni deux, on met les poissons à frire et le petit mousse est sauvé, la recette marine du cannibalisme passe donc à la trappe ! Il peut remercier la mer et sa sainte patronne pour cette livraison spéciale dont on tairait la provenance si cela devait arriver dans une grande chaîne logistique moderne.

D’une odyssée tragique vers la comptine enfantine

Cette petite chanson à l’histoire étonnante n’était pas qu’un gentil air pour occuper les maternelles : « Il était un petit navire » était, à l’origine, un chant traditionnel de marins. Les paroles, bien moins inoffensives qu’il n’y paraît, ont été remodelées par le chansonnier Clairville au XIXème siècle afin de leur insuffler une touche plus humoristique.

C’est seulement au XXème siècle que le refrain entêtant vient s’ajouter, et là, magie du temps : le chant lugubre se transforme en douce rengaine de cour d’école. Personne, ou presque, ne se soucie dorénavant que derrière « Ohé, ohé matelot », se cache l’une des histoires de cannibalisme les plus populaires de la chanson française. De quoi revoir la notion de « patrimoine culturel » avec un sourire d’adulte amusé… ou un petit frisson.

Alors, la prochaine fois que vous entonnerez gaiement « Il était un petit navire » avec des enfants (ou seul sous la douche, on ne juge pas), souvenez-vous : derrière ce refrain innocent, il y a tout un passé sombre que le temps a transformé en folklore bon enfant. Preuve que l’histoire, parfois, rattrape les comptines – et que la morale, elle, saute plus haut que les petits poissons !