Adoption, mensonges déguisés en thriller, ADN et un incroyable secret révélé douze ans plus tard… Non, ce n’est pas le pitch d’un film à suspense, mais la vraie vie de Natalia Grace, l’« enfant que personne ne voulait », propulsée bien malgré elle à la une des faits divers américains. Retour sur une histoire où l’on peine à démêler le vrai du faux… mais où la vérité finit (presque) toujours par sortir, même après des années de chaos familial.
Une enfance cabossée avant même le début : Natalia et la spirale des adoptions
Dès la naissance, le destin de Natalia Grace bascule. Atteinte d’une forme rare de nanisme – la dysplasie spondyloépiphysaire congénitale, laquelle s’accompagne d’anomalies squelettiques et parfois de troubles de la vue ou de l’audition –, la jeune Ukrainienne est placée en orphelinat par sa mère, Anna Volodymyrivna Gava. Dès ce moment, les débuts dans la vie de Natalia ressemblent plus à un parcours du combattant qu’à un conte de fées.
- En 2008, alors âgée de 5 ans, elle croise le chemin de Dyan et Gary Ciccone, un couple du New Hampshire, qui l’adopte.
- Mais deux ans plus tard, les Ciccone renoncent à leurs droits parentaux, évoquant des troubles du comportement de la fillette.
Natalia rejoint alors la famille Barnett, en Indiana. La promesse d’un nouveau départ ? Hélas, le conte se transforme en thriller psychologique.
Abandon, accusations et emballement médiatique : Natalia, victime d’un scénario digne d’Hollywood
En 2013, coup de théâtre : Natalia est retrouvée seule dans un appartement depuis un mois, abandonnée par les Barnett, partis refaire leur vie au Canada avec leurs trois enfants biologiques. Six ans plus tard, le scandale éclate. Kristine et Michael Barnett, désormais quadragénaires au centre d’une tempête judiciaire, sortent leur incroyable version des faits : Natalia n’est pas une enfant, c’est une adulte sournoise qui leur a menti sur son âge et qui a, selon eux, tenté de les assassiner à coups de couteau, de poison dans le café ou de poussées dans une clôture électrique !
Les médias s’enflamment, titrent sans vérification, et affublent Natalia de surnoms sordides comme « naine psychopathe » – difficile de faire plus stigmatisant !
Retour à la réalité : quand l’enquête s’en mêle et que le vrai âge éclate
La justice s’empare de l’histoire et le récit des Barnett ne résiste pas à l’épreuve des faits. Les autorités retrouvent la mère biologique de Natalia, née en 1979. Selon l’acte de naissance, Natalia ne pouvait donc PAS être une adulte à l’époque des faits, sous peine que sa mère ait accouché à … 10 ans !
- Anna Gava confie d’ailleurs avoir abandonné sa fille à l’orphelinat en raison de son handicap et de son propre incapacité à s’en occuper.
- Les Barnett, eux, auraient nourri leurs soupçons en regardant le film d’horreur « Esther », où une orpheline meurtrière adulte se fait passer pour une enfant…
La science tranche en août 2023 : test ADN à l’appui, la véritable date de naissance de Natalia est rétablie au 4 septembre 2003. Les poursuites pour négligence contre Michael Barnett aboutissent à un acquittement ; celles contre Kristin sont abandonnées. Le couple a depuis divorcé. Mais pour Natalia, la série de rebondissements ne s’arrête pas là .
Nouvelle vie ou éternel recommencement ? L’après-Barnett, l’émancipation… et de nouvelles zones d’ombre
En juin 2023, retour à la case adoption, cette fois chez les Mans, la famille qui l’avait recueillie dix ans plus tôt. Mais là encore, ce nouveau foyer semble ne pas tenir ses promesses : en décembre, Natalia fugue, aidée de Neil, son petit ami. Elle retrouve alors Vince et Nicole DePaul, un couple atteint de nanisme qui avait déjà voulu l’adopter en 2009. Chez eux, Natalia tente de reconstruire sa vie.
Dans le documentaire « The Curious Case of Natalia Grace », la jeune femme, désormais âgée de 21 ans, affirme que les Mans cherchaient à contrôler sa vie et à lui soutirer de l’argent, certains témoins allant même jusqu’à évoquer des maltraitances. Aujourd’hui, Natalia vit chez les DePaul et poursuit des études pour devenir enseignante.
Interrogée par le magazine People, elle se livre sur les stigmates laissés par ce tourbillon de faux-semblants et de promesses trahies : « Beaucoup de gens m’ont dit que j’étais bidon. Une menteuse. Une pédophile. Parfois, on me décrit comme la petite fille sans défense, frappée et affamée… Mais je ne me résume pas à ça. »
« Je veux simplement vivre une vie normale, aimer les enfants, me marier et fonder une famille, mais surtout, ne jamais promettre ce que je ne pourrai tenir. »
Conseil pratique pour la route ? Avant de crier au loup, un test ADN (ou un peu de recul) ne fait jamais de mal…











