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Laisser les enfants dix heures devant les écrans : pourquoi cette mère assume et divise, l’avis d’un expert sur les vrais risques

Et si on laissait vraiment les enfants décider de leur temps d’écran ? Pour la mère de famille Jay Whitfield, c’est un pari assumé et franchement clivant. Entre soupirs de soulagement de parents désinhibés et regards noirs des plus sceptiques — un expert remet aussi les pendules à l’heure. Décryptage sur un sujet qui allume les passions autant que les tablettes au salon…

Le pari audacieux d’une mère : assumer et dédramatiser

Jay Whitfield, 37 ans, ne cherche pas à vendre du rêve parental sur Instagram. Son crédo : afficher le quotidien d’une maman comme les autres, fait de compromis, de fatigue et… d’enfants bien réels, parfois scotchés à un écran. Elle n’en fait pas un drame, bien au contraire :

  • « Si vous n’avez pas les moyens de faire garder vos enfants, je ne vois pas le mal qu’il y a à allumer la télévision pour pouvoir faire des choses. »
  • Jay se revendique plutôt détendue sur le sujet depuis toujours.

Résultat ? Une vague de « haters » surgit dans ses commentaires, bien décidés à la condamner sur la place publique digitale. Mais la jeune mère assure qu’autant de parents lui expriment leur reconnaissance d’oser montrer cette fameuse « normalité ». Ouf, serait-on plusieurs à ne pas être des robots ?

Dix heures d’écrans : chronique d’une journée ordinaire ?

La goutte numérique qui fait déborder la coupe : après deux longues journées en plein air, Jay laisse ses enfants de 7 et 14 ans passer dix heures devant les écrans pour « se détendre ». Un chiffre qui, avouons-le, peut donner le vertige aux plus vigilants d’entre nous. Mais Jay insiste : il y a tout de même une règle à la maison, et pas des moindres :

  • Les écrans doivent être éteints une demi-heure avant le coucher.

On respire, il y a donc une frontière — cellulaires et tablettes n’envahissent pas l’heure sacrée du marchand de sable.

La voix de la raison : l’avis du pédopsychiatre

Mais faut-il s’inquiéter de ces marathons numériques ? Pour le pédopsychiatre Stéphane Clerget, le problème n’est pas d’ordre moral, mais développemental :

  • Chaque minute devant un écran, c’est du temps en moins pour d’autres activités bénéfiques au développement de l’enfant.
  • Qu’il s’agisse de scroller sur une tablette ou de pianoter sur un téléphone, c’est autant de minutes volées à une activité potentiellement plus enrichissante.

Bien sûr, il n’impose pas à tous les parents de foncer au musée ou d’organiser un bootcamp grandeur nature dans le jardin :

  • « Un enfant peut être responsabilisé aux tâches ménagères »
  • Ou « réaliser une activité dans sa chambre, plutôt que de regarder son écran »

Plaisir, contrainte, équilibre : le débat fait rage jusque dans nos salons.

Que disent les chiffres et quelles solutions ?

Et côté statistiques ? Il existe bien des recommandations officielles :

  • Zéro écran avant trois ans, c’est la règle pour les tout-petits.
  • Au-delà, il s’agit d’adapter le temps d’exposition à l’âge et de surveiller les contenus.

Dans les faits, selon un sondage Ifop commandé par le gouvernement en 2023 :

  • Les enfants passent en moyenne 1h19 par jour devant un écran.
  • Le week-end, cette moyenne grimpe à 2h07.
  • Et 96 % des enfants possèdent ou sont exposés à un écran.

Pas des chiffres de science-fiction, simplement la réalité de l’enfance moderne.

Alors, comment garder la main ? Stéphane Clerget propose une négociation serrée, mais équitable :

  • Autoriser deux heures d’écran en plus, à condition que l’enfant fasse deux heures d’une autre activité, en dehors des écrans.
  • Privilégier le contenu éducatif pour les plus grands.

Et pour finir, une astuce simple qui évite de sortir la calculette à chaque session :

  • Ne pas dépasser une heure d’écran par année d’âge et par semaine, dans la limite de 12 heures hebdomadaires.
  • Concrètement, un enfant de quatre ans aura donc droit à quatre heures d’écran par semaine.

Conclusion : Laisser les enfants dix heures devant les écrans choque, rassure ou déculpabilise, selon le point de vue. Mais au-delà des jugements, la clé semble résider dans un équilibre négocié, adapté à chaque famille. Et si le secret, finalement, était d’accepter un peu d’imperfection — pourvu qu’on sache où (et quand) placer l’interrupteur ?