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Le syndrome de Pica : l’étrange trouble méconnu qui pousse à manger l’impossible, quels sont les vrais risques et traitements ?

Vous pensiez tout connaître des bizarreries de notre cerveau ? Attachez vos ceintures, car voici le syndrome de Pica, ce trouble étrange et méconnu qui pousse à manger… l’impossible ! Non, il n’est pas question ici d’un penchant inoffensif pour les expérimentations culinaires exotiques, mais bien d’un trouble qui intrigue autant qu’il inquiète. Zoom sur ce que le syndrome de Pica provoque réellement, les dangers qu’il recèle et les pistes pour s’en sortir.

Le syndrome de Pica : quand le cerveau dit oui à l’inedible

Le syndrome de Pica, parfois classé parmi les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie ou la boulimie, soulève en réalité un débat : il n’est pas ici question d’aliments. Ce qui caractérise Pica, c’est la répétition de l’ingestion de substances tout sauf comestibles : terre, craie, sable, papier, cailloux, cheveux, pour ne citer qu’eux. Le nom « pica » nous vient même du latin, la pie, un oiseau bien connu pour picorer tout et n’importe quoi – sans souci du menu.

Cette manière d’envisager la nourriture (ou son absence) peut nous rappeler la petite enfance. Cependant, attention à ne pas tout mélanger : de 6 mois à 2 ou 3 ans, il est normal que les bébés s’essaient à goûter la vie… littéralement. Pas de syndrome de Pica à ce stade, juste une étape de découverte qui s’estompe avec l’apprentissage des limites entre ce qui se mange, et ce qui se regarde.

Chez les enfants plus grands, Pica se manifeste surtout par la consommation de terre (géophagie), de papier ou de craie. Quand les ados s’y mettent, l’accent est mis sur la trichophagie : mâchouillage ou ingestion de cheveux, ce qui peut finir par causer de réels problèmes digestifs : formation de boules de cheveux dans l’estomac, ambiance peu festive garantie.

Des âges et des contextes très variés

Loin de n’appartenir qu’à l’enfance, le syndrome de Pica peut apparaître à tout âge, même – plus surprenant – chez l’adulte ou la femme enceinte. Durant la grossesse, certaines femmes expérimentent des pulsions irrésistibles pour avaler de la craie, du plâtre, de la terre ou encore de la farine. L’origine ? Difficile à affirmer, mais on soupçonne une « réaction animale » liée aux nausées, vomissements ou carences : dans ce cas, la carence en fer est fréquente, et en parler à son médecin peut permettre de la dépister et de la corriger.

Aucune statistique officielle n’existe sur la fréquence du Pica pendant la grossesse, mais les forums de parents, eux, débordent de témoignages. Certaines traditions culturelles s’entremêlent aussi à la pathologie : en Afrique de l’Ouest, notamment chez les femmes résidant en France, consommer du kaolin (argile blanche friable) pendant la grossesse est assez courant. Pourtant, le kaolin en excès bloque l’absorption du fer, peut causer une anémie, source de fausses couches ou de retards de croissance. Il modifie aussi le transit intestinal, parfois jusqu’à la constipation sévère.

Des origines multiples et des risques bien réels

Les causes du syndrome de Pica sont diverses. Si des traditions ou carences y contribuent, il est aussi souvent lié à des troubles psychiatriques. Chez l’enfant, on retrouve fréquemment :

  • un retard mental,
  • un trouble envahissant du développement (TED),
  • ou un trouble du spectre autistique (autisme).

Chez l’adulte comme chez l’enfant, Pica peut apparaître en raison d’un handicap mental, de carences importantes, mais également dans un contexte de grande anxiété ou de trouble affectif. Il s’associe aussi parfois à des problèmes d’image corporelle douloureux ou à un besoin de remplir un vide, littéralement ou symboliquement.

Quels dangers ? Ils dépendent de ce qui est ingéré. Avaler de la peinture au plomb, par exemple, peut provoquer un saturnisme. Le syndrome peut aussi entraîner :

  • carences diverses ;
  • constipation, occlusion intestinale ;
  • troubles digestifs sévères ;
  • maladies parasitaires (surtout si la terre contient des œufs de parasites) ;
  • une dépendance, notamment à la nicotine si ce sont des mégots de cigarettes qui sont avalés.

Si les objets avalés sont tranchants ou incassables, attention à la perforation du tube digestif ou à l’occlusion. Le cas des piles avalées est une urgence absolue : le contact avec la paroi de l’œsophage peut provoquer des brûlures, voire une hémorragie mortelle si la pile n’est pas enlevée sous deux heures … mieux vaut éviter ce genre de « battery test » maison.

Vers un accompagnement : que faire et à qui s’adresser ?

À l’heure actuelle, aucun traitement spécifique n’efface le syndrome de Pica d’un coup de baguette magique. Le cœur de l’accompagnement consiste à en repérer la ou les causes pour proposer la solution la plus adaptée. La marche à suivre :

  • Consulter en priorité son médecin, pour vérifier que ce qui a été avalé n’a pas déjà eu de conséquence ;
  • Prendre rendez-vous chez un psychiatre si le Pica s’ancre dans un trouble mental, de l’enfance ou de l’adulte ;
  • Envisager une psychothérapie et adapter l’environnement (retirer les peintures, éloigner les mégots, etc.) ;
  • Poursuivre les examens médicaux en cas de complications digestives ou de carences, avec possibilité de traitements médicaux ou chirurgicaux selon les cas ;
  • Pour les enfants, dépister d’éventuels retards de développement ou trouble autistique.

En bref : la clé, c’est la vigilance et le dialogue avec les professionnels de santé. Pas question de laisser ce syndrome méconnu s’installer sans agir – et surtout, on ne joue pas avec la nourriture… et encore moins avec ce qui n’en est pas !