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Pourquoi laisser son enfant s’ennuyer et jouer librement serait la clé de son développement, selon un psychologue

Votre enfant tourne en rond, marmonne « je m’ennuie » toutes les cinq minutes et vous résiste à l’envie de dégainer une activité creative minute ? Bravo : vous êtes peut-être en train de lui offrir la meilleure chance de se développer harmonieusement, si l’on en croit le psychologue Dan O’Hare. Une révélation qui a tout pour rassurer (et déculpabiliser) bien des parents.

Le jeu libre : une clé sous-estimée du développement

On ne compte plus les méthodes d’apprentissage vantées pour accompagner la croissance de nos chères têtes blondes. Pourtant, Dan O’Hare, psychologue, va droit au but : il en existe une qui surpasse toutes les autres lorsqu’il s’agit de renforcer les compétences fondamentales. Exit les emplois du temps surchargés ! Selon lui, le jeu occupe une place centrale dans le développement de chaque enfant, et plus particulièrement le jeu libre, non structuré.

Trop souvent, le jeu est vu uniquement comme un outil pédagogique, une sorte de concours pour vérifier si votre enfant sait partager, travailler en équipe ou ranger les cubes. Pourtant, il possède aussi, selon O’Hare, une « valeur intrinsèque » qui se révèle lorsque l’enfant enfile le costume de chef d’orchestre de ses propres loisirs, inventant ses règles au gré de son imagination et de ses envies.

Pourquoi laisser l’enfant jouer librement ?

Le fameux « jeu non structuré », c’est tout ce qui n’est pas initié, cadré ni dirigé par un adulte. Et, surprise, il est essentiel : il permet à l’enfant de stimuler une ressource précieuse que ni fiche d’activité ni atelier surveillé ne saurait vraiment muscler : l’imagination. Résister à l’envie d’intervenir nourrit chez les enfants cette capacité à créer du sens, à inventer des mondes, rien qu’au bout de leurs dix doigts et d’un carton vide.

  • Ce mode de jeu peut prendre bien des visages : jouer seul au milieu du salon, ou à côté d’un copain sans même qu’un mot soit échangé.
  • Sous ses airs anonymes (ou solitaires), ce jeu indépendant est un précieux outil de maturation.

O’Hare explique d’ailleurs qu’il est tout à fait normal –et même bénéfique– que de jeunes enfants jouent seuls ou juste à côté d’un pair, avant de parvenir à coopérer vraiment. Le jeu coopératif, ça se conquiert ! Il exige déjà tant de compétences que chaque étape compte et mérite d’être savourée.

L’ennui, cet ingrédient magique souvent oublié

Laisser son enfant jouer sans intervenir, c’est aussi, parfois, l’exposer à… l’ennui. Mot tabou pour l’adulte hyperactif, pain béni pour la créativité enfantine. Dan O’Hare va même plus loin : les parents auraient tout à gagner à ne pas foncer la tête la première dans une course effrénée pour occuper le moindre temps mort de leur progéniture.

Selon lui, avoir des moments où l’on s’ennuie est bénéfique, car cela apprend aux enfants à se divertir, à développer leur créativité et à résoudre des problèmes. Parfois, refuser de jouer au clown familial, c’est en réalité lui permettre de se découvrir !

Jeu indépendant : un laboratoire multifonction

Ce n’est pas tout. Ce cher jeu indépendant (oui, celui qui inclut les bagarres bon enfant parfois redoutées des parents) joue aussi un rôle crucial : il développe chez l’enfant aussi bien ses compétences motrices que ses facultés à négocier ou à gérer les petits conflits du quotidien. Même les séances de jeu « brutal », souvent mal vues, sont l’occasion d’apprendre à gérer son corps, sa force, l’équilibre et même le risque. Autant dire que la créativité, l’autorégulation et l’apprentissage de la gestion des défis quotidiens passent, tout simplement, par ces précieux temps où l’adulte s’efface.

  • Développement moteur et gestion du corps ;
  • Résolution de conflits, négociation et autorégulation ;
  • Gestion du risque et de la force dans un cadre sécurisant ;
  • Stimulation de la créativité et de l’autonomie.

Voilà de quoi réfléchir avant de chercher, à tout prix, à remplir les agendas de nos enfants. La magie opère aussi (et surtout) dans ces espaces de liberté où l’ennui guette mais où naissent les grandes idées. Laisser son enfant s’ennuyer et jouer librement n’est pas un signe d’abandon parental, mais bien d’une confiance profonde dans sa capacité à se construire. À méditer…