Qui n’a jamais rêvé, enfant, d’être applaudi à la moindre bonne note ou au moindre dessin maladroit ? Derrière cette envie parfois anecdotique se cache un ingrédient psychologique fondamental : la félicitation parentale. Manquer d’encouragements dans l’enfance, c’est comme jardiner dans un sol pauvre : la croissance se complique, les racines cherchent des nutriments ailleurs, et même à l’âge adulte, on en garde les stigmates. Pourquoi ce manque laisse-t-il des traces qui semblent indélébiles ? Décryptage avec le Dr Yasmine Liénard et la psychologie sans faux-semblants.
Le rôle crucial des encouragements parentaux
- Avancer dans la vie suppose considération et encouragements. Dès le plus jeune âge, ils servent de carburant à notre développement, et devinez qui tient la pompe ? Les parents !
- Selon le Dr Yasmine Liénard, psychothérapeute cognitivo-comportementaliste, les encouragements montrent l’attention des parents et leur enthousiasme face aux petites et grandes victoires de leur enfant. C’est ce qui stimule l’enfant et lui donne envie de progresser.
- Mais tout le monde n’a pas droit au concert d’applaudissements : parfois, le manque de félicitations s’installe, et ses conséquences, insidieuses, peuvent évoluer en véritables traumatismes à l’âge adulte.
L’encouragement, une histoire de nuances : ni trop, ni trop peu
Attention, parents : rater un compliment par-ci par-là, ce n’est pas de la maltraitance, inutile de vous flageller avec les trophées sportifs de vos enfants. « Les parents ont leurs propres préoccupations et un enfant n’est pas toujours parfait », souligne le Dr Liénard. L’encouragement parental s’étale sur une échelle de 0 à 100 % :
- À 0 % d’encouragement, on tombe dans la carence affective : indifférence, absence, voire négligence ou dévalorisation, qui flirte carrément avec la maltraitance.
- À 100 %, c’est l’excès inverse : la survalorisation, tout aussi déficitaire pour l’enfant.
Atteindre le juste milieu, voilà le graal éducatif (et non, on ne reçoit pas de médaille pour ça, dommage !).
D’où vient le manque d’encouragement, et comment se manifeste-t-il ?
- Parfois, c’est la reproduction familiale qui joue : des parents eux-mêmes peu félicités tendent à rejouer la partition avec leur progéniture.
- La dépression ou le stress intense chez un parent peuvent aussi assécher ses ressources psychiques : difficile alors de partager la joie ou l’enthousiasme pour les exploits (même modestes) de leur enfant.
Conséquences chez l’enfant (spoiler, ce n’est pas réjouissant) :
- Recherche désespérée d’attention : être premier à l’école, briller physiquement… Car pour certains, être ordinaire, c’est être invisible. L’approbation des adultes devient une quête de reconnaissance perpétuelle.
- Symptômes dépressifs : l’enfant se juge inintéressant, se détourne de l’école, a du mal à se concentrer, voire développe des troubles proches du TDAH.
Et à l’âge adulte ? Les séquelles évoluent, parfois sournoisement. On n’en sort pas en faisant trois pirouettes, hélas :
- Déni : pour ne pas affronter les émotions douloureuses ancrées dans l’enfance, l’adulte compense par de l’hyperactivité ou une poursuite frénétique du succès social – une façon élégante de fuir l’introspection.
- Fragilité affective : vie amoureuse chaotique, attachement anxieux, dépendance affective. On rejoue, une fois adulte, la partition émotionnelle vécue enfant avec ses parents.
- Dans les formes les plus graves : addictions (notamment sexuelles), idées suicidaires, troubles psychiatriques, douleurs chroniques. Parfois, le corps parle à la place de l’esprit pour exprimer les traumatismes enfouis.
Comment trouver l’équilibre et réparer les blessures ?
- Pas de panique, il n’existe pas de parents parfaits (ni d’enfants parfaits, souffle de soulagement collectif…). L’objectif ? Se situer sur cette fameuse échelle de l’encouragement et viser un certain équilibre avec authenticité.
- Les encouragements doivent renforcer les comportements constructifs et soutenir l’éducation. Pour éviter d’utiliser l’enfant comme substitut d’attention, un travail sur ses propres schémas, héritages et blessures familiales est conseillé.
- Pour les adultes abîmés par ce manque, on peut encore agir : travailler sur la régulation des émotions et sur l’estime de soi.
- Le Dr Liénard cite plusieurs outils : méditation, approches corporelles, ou thérapies cognitives et comportementales.
En conclusion, la reconnaissance parentale est un engrais précieux, mais rien n’est figé. En tant que parent comme adulte blessé, il n’est jamais trop tard pour apprendre à s’encourager, et, pourquoi pas, applaudir enfin l’enfant intérieur qui sommeille en chacun de nous. Qui sait, peut-être qu’une petite auto-félicitation n’a jamais fait de mal !











