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Pourquoi les colères de nos enfants ne sont pas ce que vous croyez : ce que révèle la psychologie infantile

Et si les colères de nos enfants n’étaient pas exactement ce que nous imaginons ? Plongée, aux côtés de la psychologue Héloïse Junier, dans la psychologie infantile pour découvrir ce que révèlent vraiment les tempêtes émotionnelles des petits… et pourquoi, souvent, on passe à côté de l’essentiel !

Le monde émotionnel de l’enfant : un univers à part entière

Derrière les colères, les larmes et les sourires imprévisibles, il y a bien plus qu’un « caprice ». Héloïse Junier, autrice de la BD Les émotions de l’enfant, 7 jours pour mieux les comprendre, nous invite à explorer l’univers émotionnel et cognitif de l’enfant, très loin d’une version miniature du monde adulte. Les enfants perçoivent la réalité avec une curiosité brute, un goût pour l’immédiateté et le plaisir, et une naïveté sociale qui les rend perméables à l’instant présent. Autrement dit : quand ils piquent une colère au rayon biscuits, ils ne projettent pas (encore) de plans machiavéliques pour nous faire tourner en bourrique !

C’est simple : de la compréhension du second degré à l’ironie, beaucoup de concepts échapperont aux plus jeunes, dont le cerveau et les compétences sociales et cognitives sont encore en pleine construction. L’adulte, souvent, surinterprète les intentions de l’enfant comme s’il avait le cerveau d’un trentenaire expérimenté. Ce n’est pas le cas, même si l’enfant a une façon bien à lui de transformer un salon en piscine à jouets…

Les colères, ce miroir de leur développement

Mais alors, pourquoi ces fameuses colères ? Elles sont, en fait, le reflet d’un développement en cours. Les émotions de l’enfant, et surtout la façon de les gérer, diffèrent profondément de celles des adultes : la réserve émotionnelle n’existe pas, et le contrôle de soi demande plusieurs années avant d’éclore. D’après Héloïse Junier, un enfant qui se met à sourire face à la colère d’un adulte n’est pas en mode provocation, mais tente souvent, maladroitement, d’apaiser la tension… ou d’extérioriser son stress.

  • L’enfant n’a pas acquis les capacités pour anticiper, nuancer, ou réfléchir sur ses propres états mentaux aussi finement qu’un adulte.
  • La fameuse « manipulation » des parents par l’enfant (ex : le « caprice » pour obtenir un bonbon) n’est pas possible avant environ 6 à 7 ans, âge où se développe la capacité à se mettre à la place de l’autre (la fameuse « théorie de l’esprit »).
  • Surinterpréter ou attendre d’un enfant une gestion émotionnelle adulte génère incompréhensions, frustrations… et, soyons honnêtes, quelques tasses de café de plus pour les parents.

Éducation, attentes et fausses croyances : on remet tout à plat !

Penser que l’enfant agit « contre » vous relève d’un vieux cliché persistant : celui de l’enfant malveillant, calculateur ou égoïste. Or, recherches en psychologie du développement et en neurosciences à l’appui, Héloïse Junier rappelle que nos petits sont plutôt câblés pour l’empathie et le comportement prosocial. Cette gentillesse et cette dépendance à l’adulte sont même des clés de leur survie et de leur intégration sociale.

L’un des pièges les plus courants ? Attendre d’eux qu’ils régulent colère, tristesse ou enthousiasme comme des professionnels de la méditation. Héloïse Junier insiste : ces attentes irréalistes abîment la relation, minent la confiance des enfants, et sont une source majeure de burn-out parental. La solution  ? Ajuster nos exigences à leur âge, leur développement, et garder en tête l’objectif d’un quotidien plus souple, tolérant… sans céder à la tentation du laxisme total !

Accompagner ses émotions et les nôtres : une aventure humaine

Réguler ses propres émotions d’adulte, c’est parfois plus dur que d’apprendre à un chat à ne pas grimper aux rideaux. Pourtant, cette auto-maîtrise parentale est clé pour montrer (plutôt que dire) à l’enfant comment gérer sa propre tempête intérieure. Les enfants, véritables éponges, absorbent nos réactions, notre stress, notre manière de parler et d’agir : impossible donc d’attendre qu’ils fassent… ce que nous ne faisons pas nous-mêmes !

  • Privilégier le modèle sur la punition : montrer le comportement attendu, valoriser les efforts.
  • Éviter les étiquettes, comme le futur « adulte colérique » : chaque enfant évolue.
  • Adopter un style parental démocratique, à la fois cadrant et bienveillant, favorise l’épanouissement, le sentiment de sécurité et le bien-être social.

Il est réconfortant de rappeler, grâce à Héloïse Junier, que même la punition ponctuelle n’est pas dramatique. L’important reste l’intention, l’accompagnement, et la capacité à expliquer, réparer, encourager.

En conclusion, la clé pour comprendre (et gérer sans s’épuiser) les colères et autres émotions de nos enfants, c’est de changer notre regard d’adulte. L’Université de la parentalité commence… sur le tapis du salon, BD de Junier à la main !