À la une

Pourquoi tant de conflits entre parents et grands-parents ? Une psychologue révèle les deux erreurs qui plombent l’entente familiale

Parents, grands-parents : pièce montée ou bombe à retardement ? S’il fallait résumer la cohabitation entre générations en un seul mot, « délicat » serait sans doute le favori. Aidants irremplaçables et complices précieux, les grands-parents peuvent pourtant, sans le vouloir, transformer les retrouvailles familiales en véritable parcours du combattant émotionnel. Mais pourquoi tant de chamailleries autour du berceau ? Sur quoi butent parents et grands-parents, et surtout, comment décrisper l’ambiance ? Décryptage et conseils signés Anna Mathur, psychologue très branchée sur la question.

L’aide précieuse… qui pèse parfois lourd

On ne le dira jamais assez : les grands-parents sont souvent une bénédiction pour les jeunes parents. Avec leur temps libre et toute une vie d’expérience, ils forment un soutien incontournable pour les familles. Pourtant, il arrive que leur bonne volonté ajoute involontairement à la charge mentale des parents. Quelle ironie du destin, non ? Résultat : certains parents finissent par hésiter à confier leurs enfants à leurs propres parents par peur de la discorde.

Rien de surprenant quand on découvre, selon une enquête relayée par Good To Know, que 43 % des parents ne sont pas d’accord sur l’éducation que leurs parents proposent à leurs petits-enfants. Pire, chez 15 % d’entre eux, ce désaccord nuit carrément à la relation entre leurs parents et leurs enfants. On voudrait éviter de créer des fossés générationnels… c’est raté !

Discipline : l’art de ne pas se faire comprendre (ou comment le chocolat devient une arme de conflit)

Le premier caillou dans la chaussure, c’est la discipline. Selon cette même étude, 58 % des parents placent la discipline en tête des différends avec leurs propres parents. Ça fait beaucoup de disputes pour une punition ! L’histoire rapportée par une maman illustre parfaitement ce fossé générationnel : « Mes parents étaient assez stricts. Je sais qu’ils ont fait de leur mieux. Mais j’ai choisi une éducation plus douce pour Jesse. Ils trouvent que je suis trop tendre avec elle et l’autre jour, j’ai surpris ma mère essayant de soudoyer Jesse avec du chocolat pour la calmer. J’étais furieuse, mais chaque tentative pour lui expliquer ma vision la vexe : elle estime que ‘les enfants doivent apprendre à être durs’. »

Et pour déminer tout ça sans dramatiser au prochain déjeuner de famille, la psychologue Anna Mathur suggère :

  • Proposer à vos parents ou beaux-parents des ressources comme des livres ou des podcasts sur les nouvelles méthodes éducatives.
  • Les sensibiliser de façon pédagogique, pour qu’ils comprennent que le style parental a évolué et que non, la bienveillance ne ruine pas un avenir !

Pas question de transformer papy et mamie en étudiants du soir, mais leur offrir des clefs de compréhension peut apaiser beaucoup de tensions.

Nourriture : « Tu reprendras bien une troisième part de gâteau (sans allergène, cette fois…) »

Autre sujet qui fait grincer les dents plus fort qu’un bonbon collé à la molaire : la nourriture. 44 % des divergences entre parents et grands-parents portent sur ce que ces derniers donnent à manger aux enfants. Problème souvent évoqué :

  • Des grands-parents qui nient ou minimisent allergies et intolérances de leurs petits-enfants.
  • L’excès de douceurs – que l’on parle de bonbons, de gâteaux ou de chocolat – malgré les recommandations parentales ou médicales.

Anna Mathur analyse cette friction ancienne à l’aune des changements sociaux : « Ces vingt dernières années, on a vu une réelle prise de conscience autour des allergies, intolérances et de la sécurité alimentaire. Beaucoup de parents m’ont dit avoir eu le sentiment que les besoins de leur enfant étaient ignorés. »

Là encore, la solution miracle tient en un mot (facile à dire, moins à faire) : transparence. Il s’agit de :

  • Parler honnêtement de ce qui dérange et pourquoi ça dérange.
  • Expliquer clairement les besoins de l’enfant aux grands-parents, sans détour ni énigme à la Hercule Poirot.

D’après la psychologue, la transparence est le meilleur remède à la frustration et à l’escalade des disputes intergénérationnelles.

En finir avec la guerre des générations ?

Finalement, que ce soit au sujet de la discipline façon « tendresse ou fermeté », ou de la gestion du menu du goûter, la clé réside dans un dialogue ouvert et sans jugement. Plutôt que d’additionner les règlements de comptes façon Comité des fêtes (mais sans la fête), il vaut mieux miser sur la pédagogie, la patience… et une bonne dose d’humour. Après tout, chaque génération croit avoir raison (sauf celle qui reconnaît que la sienne n’est pas parfaite, évidemment !).

Le dernier mot ? On ne choisit pas sa famille, dit-on… mais on choisit la façon d’apaiser les orages. Un peu de communication pour beaucoup de sérénité, ça ne se trouve pas sous le sapin, mais c’est tout aussi précieux.