Quand la fin du mois rime avec silence côté virement bancaire, l’assistante maternelle se retrouve vite dans une position délicate. Entre attachement pour les petits bouts confiés et droits bien réels en tant que salariée, que faire lorsque les parents employeurs ne payent plus ? Suivez le guide, épicé d’un zeste d’expertise et d’humanité !
Quand l’affectif embrouille le contrat
Travailler avec des enfants crée bien souvent un lien tout particulier avec la famille. Mais attention, ce joli lien a parfois tendance à faire passer l’aspect contractuel au second plan ! D’après Sandra Onyszko, formatrice spécialisée et responsable communication à l’Ufnafaam, il arrive fréquemment que l’assistante maternelle, prise entre cœur et raison, tarde à réagir. D’où la difficulté : trouver le juste équilibre entre la dimension affective et les obligations contractuelles.
En pratique, il n’est pas rare que les premiers échanges se fassent de façon informelle, oralement ou via SMS, au détriment des démarches officielles pourtant nécessaires. Résultat ? On en oublie l’indispensable lettre recommandée avec accusé de réception, alors qu’elle est le point de départ d’une procédure en bonne et due forme.
Première étape : l’alerte officielle et ses suites
Prenez donc votre plus belle plume (ou votre clavier) et rédigez un courrier recommandé avec accusé de réception expliquant la situation :
- Relatez les faits : précisez depuis quelle date le salaire dû n’a pas été versé.
- Donnez aux parents la possibilité de régulariser avant toute action au conseil des Prud’hommes.
- Fixez une date butoir claire, au-delà de laquelle le dossier pourra être transmis.
Après réception de ce recommandé, plusieurs scénarios :
- Les parents paient tout ou partie du salaire en retard. Dans ce cas, il faut officialiser l’accord par écrit, signé par les deux parties, en précisant un échéancier pour la suite. Conseil d’experte : si plusieurs salaires sont dus, mieux vaut rester prudent… Dans les faits, les parents rencontrent souvent des difficultés à régler en une seule fois plusieurs salaires accumulés.
- Les parents ne réagissent pas, ou ne respectent pas l’échéancier. L’assistante maternelle peut alors envisager deux options : prendre acte de la rupture du contrat aux torts de l’employeur, ou demander judiciairement la résiliation du contrat.
Arrêter (ou poursuivre) le travail : quelles conséquences juridiques ?
Si la situation l’exige, l’assistante maternelle peut décider de cesser d’accueillir l’enfant. Dans ce cas, il s’agit d’une prise d’acte de rupture : un « auto-licenciement » qui n’est pas assimilé à une démission. La procédure consiste à saisir le Conseil des Prud’hommes – le bureau de jugement dispose d’un mois pour se prononcer.
Attention : durant cette période, le salarié ne touche pas d’indemnités chômage. Et, si les motifs ne sont pas jugés recevables, la prise d’acte est requalifiée en démission. Conséquence : il faudra verser une indemnité de préavis aux parents, sans droit au chômage. Mieux vaut réfléchir, et peaufiner son dossier !
Seconde alternative : continuer à travailler tout en sollicitant le Conseil des Prud’hommes pour obtenir la résiliation du contrat. Si le juge prononce la rupture, elle s’apparente à un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Jackpot : droit aux indemnités et aux allocations chômage. Si le juge ne valide pas la résiliation… le contrat continue de courir.
Conciliation, prud’hommes et… bon sens
Nul besoin de se ruiner en avocats – même si c’est recommandé pour préparer un dossier solide. Première étape lors de la saisine des Prud’hommes : la conciliation. L’objectif ? Arriver à une solution amiable. Un tiers des affaires trouvent ainsi une issue satisfaisante, par exemple si le parent reconnaît son erreur mais ne peut payer que le salaire, pas la rupture conventionnelle. Selon les cas, l’assistante maternelle peut accepter le compromis.
En l’absence d’accord, le bureau de jugement tranche. Généralement, face à un manquement de paiement, les assistantes maternelles obtiennent gain de cause – sauf si elles se sont éloignées de leur convention collective. Les juges cherchent alors un compromis « bon » pour chacun. C’est pourquoi il importe que chaque partie assume pleinement son rôle : l’un comme employeur, l’autre comme salarié.
Pour celles qui souhaitent sécuriser encore davantage leur parcours professionnel, des solutions existent : l’UFNAFAAM propose par exemple une assurance incluant accompagnement par un avocat, responsabilité civile professionnelle et indemnisation en cas de sinistre.
En somme, ne laissez pas les mauvais payeurs vous faire tourner en bourrique ! Armez-vous des bonnes démarches, des bons écrits et, le cas échéant, entourez-vous de conseils. Gardez à l’esprit cette devise : mieux vaut une lettre recommandée qu’une colère rentrée.











