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Cette nouvelle pédagogie pourrait révolutionner la crèche : l’itinérance ludique, la clé de l’épanouissement des tout-petits ?

Et si on ouvrait les barrières de la crèche pour laisser la créativité gambader au gré des envies des enfants ? Derrière cette idée, un concept novateur : l’itinérance ludique, une pédagogie imaginée par Laurence Rameau, ex-directrice de crèche, qui revisite l’art de s’épanouir en jouant… librement, mais pas n’importe comment !

L’itinérance ludique, kézako ? Une révolution joyeuse pour les tout-petits

Laurence Rameau s’est inspirée des grands pédagogues et des neurosciences pour créer une méthode qui va « au-delà » de leurs travaux, souvent voués aux enfants plus grands. L’objectif ? Adapter la pédagogie aux besoins des plus jeunes, ces petits explorateurs de la crèche. Loin de vouloir « renier ses prédécesseurs », elle propose tout simplement de remettre le jeu au centre de l’univers des tout-petits… mais pas à l’ancienne.

Les trois piliers : liberté, univers ludiques et autonomie

Le programme est simple — mais ambitieux ! L’itinérance ludique repose sur trois grands principes, pour un cocktail d’épanouissement à secouer (pas forcément à servir frais) :

  • Liberté de circulation : Adieu les sections cloisonnées ! La crèche devient une seule et même unité où les enfants se déplacent comme ils le souhaitent, découvrant à chaque détour d’autres camarades, de tous âges et stades de développement. Les portes s’ouvrent, les barrières tombent. « On supprime les barrières qui donnent des airs de prison aux crèches. On laisse les portes ouvertes et on leur permet d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté », résume Laurence Rameau avec humour — et réalisme. Ici, ils peuvent vaquer d’un espace à l’autre, construire leurs pensées en prenant leur temps. Certains s’attardent des heures sur la patouille ou des cartons : on est bien loin des ateliers chronométrés !
  • Création d’univers ludiques : Fini les « ateliers » figés ! Place aux univers thématiques, pensés pour être adaptés à tous les âges. Qu’il s’agisse d’un univers « carton » (avec ou sans trous ! avec rabats ! Oui, c’est la fête du carton…) ou d’un univers « ménage » (seaux, brosses, chiffons), le mobilier et les objets sont sélectionnés non pas pour servir une activité, mais pour laisser la place à l’imagination et à la découverte. Les professionnels n’ont plus à définir ce que l’enfant doit faire, mais simplement s’étonner : « Qu’est-ce qu’ils vont faire avec tout ça ? » Et chaque jour, la surprise est au rendez-vous ! Pour eux, découvrir une gommette, ce n’est pas la coller dans un sapin (sauf ambition déco précoce) : c’est la sentir, la déchirer, la coller partout… même sur soi.
  • L’enfant, auteur de son jeu : Grâce à cette organisation, l’enfant ne fait pas que participer : il crée, il décide, il s’approprie. Un carton devient voiture ou maison, le chiffon peut tout aussi bien nettoyer le sol que devenir accessoire de spectacle. Ainsi, tous les âges y trouvent leur bonheur, et les pros sont les premiers spectateurs — parfois hilares, souvent épatés — de cette inventivité débordante.

Itinérance ludique versus « jeu libre » : quelles différences ?

Le terme « jeu libre » fait sourire Laurence Rameau. Après tout, « le jeu ne peut pas être autrement que libre, sinon ce n’est plus du jeu ». Là où sa méthode se distingue, c’est qu’ici, il ne s’agit ni de « laisser faire » ni de faire faire, mais de « permettre de faire ». Pas question non plus de tout autoriser : l’environnement est rangé et organisé pour éviter la sur-stimulation, grand écueil du jeu libre quand il multiplie les coins thématiques. Exit la méthode Montessori (utile à partir de 4 ans mais inadaptée avant, selon Rameau)… Les tout-petits n’ont pas besoin d’une forêt d’options, mais d’un cadre où se concentrer, explorer, apprendre à leur rythme.

D’ailleurs, dans l’itinérance ludique, le rôle du professionnel change du tout au tout : surveillant ? Non, surtout pas ! Accompagnant, observateur, « phare » qui éclaire l’enfant et l’accueille dans chaque univers, qui met des mots sur ses actions (« Tu le mets dans une grosse boîte, une petite… c’est lourd, c’est léger… ») et qui accompagne ses émotions.

Mise en place : la grande bascule collective

Changer la crèche en terrain d’itinérance ludique, c’est aussi une affaire d’équipe. « On travaille ensemble, pas chacun dans son coin », avertit Laurence Rameau. Chaque professionnel prépare son univers, le nombre d’espaces disponibles dépendant du nombre d’adultes (moins un, logique : qui s’occupe des changes, des couchers ?). Un conseil de pro ? Ajoutez un soupçon de nouveauté en milieu de matinée : un foulard, des boîtes, des crayons… Les enfants sont friands de régularité, mais attireront leur curiosité par la surprise, relançant leur intérêt sans les perturber.

Ici, l’enfant va et vient, transporte parfois un objet d’un univers à l’autre (pas la peinture, attention !). L’équipe définit en amont les règles, discute des limites : l’anticipation, c’est aussi la clé de la liberté !

En résumé : l’itinérance ludique n’est pas seulement une affaire d’espace, c’est tout un état d’esprit ! Professionnels et enfants cheminent ensemble, chaque jour portés par l’étonnement et la découverte. Et, d’après Laurence Rameau, ce sont autant les petits que les grands qui trouvent leur bonheur : ce n’est plus la routine, c’est la surprise et le plaisir de voir grandir, chaque jour, la créativité des enfants. Avis aux crèches lassées des sections fermées : ouvrez les portes, laissez passer l’imagination !