« Il/Elle est tellement mature pour son âge ». Voilà une phrase que beaucoup de parents prononcent avec fierté, croyant sincèrement féliciter leur enfant. Mais derrière cette déclaration, anodine en apparence, se glisse un mécanisme bien plus subtil, et potentiellement nuisible, selon le psychologue Justin Vafa William, cité par le HuffPost. Peut-on vraiment, en lançant ce compliment, faire du tort à son enfant ? Spoiler : la réponse pourrait bien vous surprendre.
Un compliment pas si inoffensif que ça
À première vue, souligner la maturité de son enfant a tout de la marque d’affection moderne : valoriser l’autonomie, la capacité à raisonner, parfois même à gérer des situations complexes pour leur âge. Pourtant, le psychologue Justin Vafa William met en garde : ce petit compliment peut être « potentiellement dommageable » pour un enfant. Pourquoi ? Car l’entendre répéter à propos d’eux que leur maturité est supérieure à la moyenne peut instiller l’idée que quelque chose d’anormal se joue.
Le compliment devient alors une sorte de loupe déformante. Et lorsque des adultes — souvent bien intentionnés — s’en réjouissent, l’enfant peut se demander si on attend de lui qu’il soit différent, voire plus adulte qu’il ne l’est réellement.
Le risque de la parentification : quand l’enfant devient le parent…
Derrière ce coup de projecteur sur la maturité, un piège insidieux se cache : la parentification. Ce néologisme très sérieux désigne le processus silencieux par lequel un enfant se retrouve à assumer, physiquement, émotionnellement ou mentalement, des responsabilités qui devraient normalement incomber aux parents — ou du moins aux grands du foyer.
Justin Vafa William prévient : voir un enfant exclusivement sous l’angle de sa maturité peut amplifier ce glissement. Résultat ? L’enfant se retrouve, parfois bien malgré lui, à endosser le rôle du grand frère, de la grande sœur, voire à s’occuper de ses propres parents. Un bel exercice d’agilité psychique, mais un fardeau que personne ne demande à un enfant de porter.
Le psychologue met en lumière une conséquence encore plus sournoise : l’impression de devoir « grandir trop vite ». Pire, certains enfants en viennent à croire qu’ils n’ont tout simplement plus le droit d’être… enfants. Selon ses mots, ce compliment revient à leur « refuser la capacité d’être cet enfant insouciant qui apprend, se développe, fait des erreurs et apprend de ces erreurs ».
Des traces à l’âge adulte : quand l’innocence se paie cher
On pourrait penser que tout ceci ne reste qu’un jeu d’étiquette, vite effacé par le temps. Détrompez-vous : les propos rapportés par une conseillère professionnelle, également citée par le HuffPost, sont limpides et plutôt alarmants. L’usage répété de la formule « Tu es mature pour ton âge » pendant l’enfance aurait des répercussions bien réelles, et parfois durables, à l’âge adulte.
En effet, les personnes habituées à être ainsi perçues et complimentées peuvent rencontrer plusieurs difficultés :
- Peiner à faire confiance aux autres.
- Avoir du mal à demander de l’aide, même lorsqu’elles en ont vraiment besoin.
- Minimiser ou rejeter leurs propres émotions ou besoins.
- Éprouver plus de difficultés à fixer ou établir des limites.
- Rencontrer davantage de problèmes de santé mentale.
L’adulte qui naît de l’enfant trop mature peut se construire, paradoxalement, sur un déficit de bienveillance envers lui-même.
Vers un compliment plus sain
Le psychologue Justin Vafa William recommande donc très concrètement d’abandonner ce compliment trompeur. Loin de vouloir frustrer les parents désireux de valoriser leur enfant, il propose plutôt de cibler des comportements précis, sur lesquels l’enfant peut s’appuyer pour se sentir valorisé sans pression de « grandir trop vite ». Un exemple donné : « J’aime à quel point tu es indépendant, mais rappelle-toi simplement que tu peux toujours me demander de l’aide si tu en as besoin. »
Adresser à l’enfant ce genre de message, centré sur l’action ou le choix ponctuel, permet de garder la porte ouverte à son besoin naturel de soutien — et lui rappelle qu’il a totalement le droit d’être, simplement, un enfant qui grandit à son propre rythme.
En conclusion : devenir grand ne doit jamais rimer avec porter seul le poids du monde. Laissons à nos enfants le droit d’expérimenter, de se tromper, d’exister dans toutes les dimensions de l’enfance. Le compliment n’en sera que plus sincère, et sa construction d’adulte, plus harmonieuse.











