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La chambre à part peut-elle vraiment sauver le couple ? Les sexologues mettent en garde

Fini les nuits où l’on dispute la couette et où les ronflements imposent le port du casque anti-bruit : la chambre à part ne fait plus frissonner d’effroi les fondus de l’amour conjugal. Mais alors, cette tendance, portée sur le devant de la scène par quelques couples américains, est-elle le nouveau Graal pour sauver le couple… ou une fausse bonne idée à manier avec doigté ? Les sexologues, eux, gardent l’œil ouvert (même quand ils dorment) et mettent en garde. Plongée sous la couette… ou hors du lit !

La chambre à part, du tabou à la pratique libérée ?

Ils s’aiment, vivent ensemble, partagent les tracas du quotidien… mais pas le matelas. Le New York Times se penche dans son reportage sur ces couples américains qui choisissent de dormir séparément, non pour recoller les morceaux d’un amour en chute libre, mais davantage par goût de liberté et surtout, pour retrouver un vrai sommeil réparateur.

Dormir chacun dans sa chambre ? Loin d’être une bizarrerie de grand-mère, la pratique touche un couple sur cinq aux États-Unis. Oui, vous avez bien lu : 20 % des duos osent franchir le pas, avec, disons-le, des réussites plus ou moins éclatantes, mais loin d’être anecdotiques. Une étude de l’agence OnePoll, menée en 2019 auprès de 2 000 volontaires ayant tenté l’expérience, révèle que 24 % d’entre eux estiment que ce fameux « sleep divorce » a dopé leur vie conjugale. De quoi donner des idées à ceux qui dorment déjà d’un œil…

Les raisons d’un choix qui fait parler 

Phénomène strictement new-yorkais ? Que nenni ! La France aussi est touchée par l’onde de choc de la chambre à part, pour des raisons diverses :

  • Retrouver ses désirs personnels ou ceux du couple, sans interférence nocturne,
  • Échapper enfin aux réveils façon tronçonneuse dus aux ronflements du partenaire,
  • Bénéficier de la joie rare d’avoir une couverture complète (et non sa moitié, mystérieusement volatilisée au milieu de la nuit),
  • Aménager un vrai cocon à son goût… pour peu que le portefeuille tienne le coup.

Sur le papier, l’idée fait rêver plus d’un… Mais selon les sexologues, passer l’acte ne se fait pas à la légère. La séparation nocturne, si séduisante qu’elle paraisse, n’est pas qu’une question de logistique ou de décoration intérieure.

Sexologues et thérapeutes, l’avertissement sous l’oreiller

Du côté des experts interrogés par le New York Times, les réserves ne manquent pas. Derrière ce choix, ne se cacherait-il pas d’autres préoccupations ? Cette séparation toute douce du lit conjugal ne servirait-elle pas, mine de rien, à éviter les vraies discussions qui grattent, voire à contourner les problèmes au sein d’un couple qui ne va pas si bien ?

Pour asseoir leurs craintes, les sexologues convoquent tout un cinéma où l’on recase volontiers le mauvais mari sur le canapé du salon, métaphore quelque peu datée du couple en froid. Loin de se contenter de ce cliché, leur vraie préoccupation reste la suivante : sans lit partagé, le risque d’un éloignement sexuel guette. Car c’est aussi dans ce huis clos nocturne que bien des couples se retrouvent…

En effet, le lit partagé n’est pas qu’un simple terrain de sommeil. Après une journée vécue chacun de son côté, s’y retrouver, c’est s’assurer un moment ensemble, l’opportunité d’échanger, de faire vivre la relation, de s’offrir tendresse et amour. Autant de petits rituels qui, à force d’être escamotés, pourraient transformer la relation en simple colocation… avec certains avantages, certes, mais une colocation tout de même.

Couette séparée, amour en danger ?

Pour quelques sexologues et conseillers conjugaux interrogés par le média américain, la multiplication des chambres à part s’accompagne d’un risque concret : voir la vie sexuelle du couple filer sous la porte. Ils vont même jusqu’à s’interroger, non sans humour, sur leur propre clientèle : ne vont-ils pas perdre, un à un, leurs patients nouvellement convertis à la paix nocturne ?

Si les études n’assènent pas de vérité tranchée, le message est clair. Avant de jeter son oreiller dans une pièce voisine, mieux vaut dialoguer, ajuster ses attentes et, pourquoi pas, repenser… le partage de la couette. Car ce qui sauve le couple, au fond, ce n’est peut-être pas la chambre à part, mais bien la capacité de chacun à communiquer, que l’on dorme ensemble ou séparément.