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Le secret du couple hétérosexuel : pourquoi il coûte si cher aux femmes, chiffres à l’appui

Ah, le couple hétérosexuel ! Symbole universel du bonheur à deux… mais si on se penchait un instant sur le ticket de caisse ? Car selon Lucile Quillet, l’addition est bien plus salée pour les femmes – chiffres à l’appui. Oubliez le partage du dessert : ce sont surtout les femmes qui trinquent, jusque dans les moindres poils (et bien au-delà).

Le coût caché : l’esthétique et au-delà

Dans son livre « Le prix à payer », Lucile Quillet lève le voile sur cette réalité édulcorée. Tenez-vous bien : 20 000 euros, c’est le montant moyen que consacre une femme, sur l’ensemble de sa vie, rien qu’à s’épiler. Autant d’argent qui ne servira ni à investir, ni à voyager, ni à créer une start-up (du soin du poil ?)

Mais le portefeuille féminin ne s’allège pas que pour l’épilation : la liste des dépenses visibles ne cesse de s’étirer, de la contraception aux produits de beauté, en passant par les vêtements pour répondre aux codes de l’idéal féminin. Quillet pose la question qui fâche : « Qu’aurait-on pu faire de ce montant astronomique, si ce n’est satisfaire une norme imposée ? »

Normes, injonctions et carrière sur pause

L’autrice invite à voir le couple hétérosexuel comme un système plutôt que comme une entité romantique isolée. Dans nos sociétés, être la « bonne candidate » au couple, c’est aussi cochez la case « apparence irréprochable » : minceur, épilation, maquillage, sourire blanc évidemment (sinon, tu n’es pas motivée pour être aimée, voyons !). Résultat ? Cela impose, jour après jour, de se détourner de sa propre nature pour collecter – à la longue – l’amour (ou, au moins, la validation sociale).

  • Le fameux mythe de la perfection au féminin plonge nombre de femmes dans des complexes coûteux.
  • La charge contraceptive repose quasi exclusivement sur elles.
  • La maternité ? Seize semaines de congé… contre une petite semaine obligatoire pour monsieur (et 28 jours optionnels trop souvent boudés en entreprise, pression oblige).

La carrière féminine, elle aussi, trinque : après une séparation, une femme perd en moyenne 20% de niveau de vie. Plus il y a d’enfants, plus le risque de pauvreté plane. Sympa, le bonus fidélité… pour monsieur : un père de trois enfants, lui, gagne 12% de niveau de vie après une séparation. Cherchez la logique !

Les dons invisibles et l’illusion du 50/50

Au nom de l’égalité, beaucoup de femmes réclament le fameux 50/50, même quand les salaires ne suivent pas. Mais impossible de cligner de l’œil à la réalité :

  • Les grosses dépenses (impôts, voiture, vacances) sont souvent gérées par les hommes, valorisées socialement.
  • Les achats quotidiens (fournitures, couches, papier toilette…) restent majoritairement dans le panier féminin, et sont nettement moins reconnus.

Le travail domestique et la disponibilité féminine – ces « dons invisibles » – se transforment concrètement en plus-value pour la carrière masculine. L’exemple typique ? Madame part suivre monsieur au bout du monde pour ses opportunités, diminue ses revenus, s’arrête de travailler parfois, mais sa présence rend possible toute l’ascension professionnelle du conjoint. À la clé, un sentiment d’être « entretenue », alors qu’elle est en réalité le carburant de la locomotive masculine – qui, en cas de rupture, la laisse sur le quai.

Le temps partiel, la mise de côté de ses propres ambitions pour la famille, tout cela s’additionne en « perte d’opportunité » : il y a l’argent qu’on dépense, mais aussi celui qu’on ne touchera jamais. Et c’est le couple (et la société entière) qui profite de ces efforts non reconnus.

Peut-on aimer… sans y laisser sa chemise ?

Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain conjugal ? Pas si simple, estime Lucile Quillet. Vouloir s’affranchir des normes, oui, mais pas au prix d’un bonheur impossible. Il ne s’agit pas d’exiger de chaque vie de femme un parcours militant sans faille : ce serait lui imposer une autre forme d’injonction. On peut réinventer le modèle, l’ajuster, tendre vers l’égalité – sans pour autant sacrifier son envie de couple ou de famille.

À méditer (en se faisant un masque, ou pas) : le secret du couple hétérosexuel n’est pas tant dans la répartition des factures à la virgule près, mais dans la prise de conscience de tout ce qui se joue en coulisses. Et si un jour la société décidait, elle aussi, de rendre ces dons visibles ? Ce serait, enfin, un joli cadeau… pour tout le monde.