L’écart de richesse entre hommes et femmes en couple atteint un niveau record : pourquoi cette injustice persiste-t-elle ?
On pensait que l’amour n’avait pas de prix. Mais à y regarder de plus près, il y a hélas un ticket de caisse, et il n’est pas franchement en faveur des femmes en couple. Les inégalités de patrimoine et de revenus entre hommes et femmes n’ont jamais été aussi criantes, et la « conjugaison des finances » reste (trop) souvent synonyme d’injustices subies. Lumière sur un phénomène qui fait grincer des dents… et des portefeuilles.
Des chiffres qui piquent : l’écart grandit dans le couple
- Entre 1998 et 2015, l’écart de patrimoine entre les femmes et les hommes a bondi de 9 à 16% selon les économistes Nicolas Frémeaux et Marion Leturcq (2020).
- En moyenne, 75% des femmes en couple touchent un revenu inférieur de 42% à celui de leur conjoint. Un gouffre… alors que chez les célibataires, cet écart tombe à 9%.
Pas besoin d’être mathématicien pour comprendre d’où souffle le vent de l’inégalité !
Petits yaourts, grands écarts : quand la répartition tourne à la caricature
La journaliste et essayiste Titiou Lecoq, dans son ouvrage « Le Couple et l’argent », dissèque avec humour et pédagogie la mécanique implacable de cette répartition bancale. Selon elle : « Petit salaire, petite dépense. Gros salaire, grosse dépense ». Dans bien des couples, le plus riche assume les gros investissements (logement, voiture…) pendant que le moins aisé s’occupe des dépenses ménagères, entre autres… les fameux « pots de yaourt ».
Résultat, quand la belle histoire tourne vinaigre, monsieur repart souvent avec la maison et la voiture. Et madame ? Il ne lui reste que ses (tristement) vides pots de yaourt. De quoi donner envie de militer pour l’égalité jusque dans le frigo !
Un système social et fiscal qui creuse le fossé
- Les prestations et minima sociaux individuels sont calculés sur la base des ressources du foyer. Une femme aux faibles revenus mais en couple avec un homme qui gagne bien sa vie ne touchera pas d’aide. L’État considère que « solidarité conjugale » oblige, c’est à monsieur de compenser.
- Ce même monsieur sera récompensé par un quotient familial avantageux lors du calcul de l’impôt sur le revenu, ce qui laisse nombre de femmes dans une situation de redevabilité, parfois instrumentalisée pour asseoir une forme d’emprise (« Tu me dois bien ça ! »).
Mais ce n’est pas tout. L’impôt sur le revenu est calculé sur la somme des revenus du couple. Résultat ? Le taux d’imposition baisse pour celui qui gagne le plus… et grimpe pour le plus modeste. Autant dire que les trois quarts de femmes dont le salaire est inférieur à celui de leur conjoint sont à la traîne… encore plus si le couple se sépare l’année suivante.
L’Observatoire de l’émancipation économique des femmes note même que cette « conjugalisation » de l’impôt perpétue les inégalités salariales et d’emploi. Pas étonnant que les jeunes couples privilégient de plus en plus l’imposition séparée pour tenter d’échapper au jeu de dupes.
Des cas de figure variés, mais une vigilance toujours nécessaire
Attention cependant à ne pas tomber dans la généralisation à marche forcée. Réduire la variété des rapports humains à une seule théorie, même celle (très parlante) du pot de yaourt, serait risqué. Cette mécanique concerne uniquement les couples à revenus inégaux. À noter : dans 25% des couples hétérosexuels, ce sont les hommes qui se retrouvent du côté du yaourt !
Il n’existe pas de règle immuable où le moins riche compense systématiquement, ni de course effrénée à l’enrichissement dans chaque foyer. Rien d’injuste si la situation financière résulte d’un libre choix accepté par les deux partenaires. Mais il n’est pas question de fermer les yeux lorsque l’injustice vire à l’abus ou la violence économique.
- La compensation du plus pauvre n’est pas automatique.
- Chacun doit être vigilant sur la liberté de choix dans le couple.
En conclusion : L’équité ne s’invite pas toute seule dans le couple !
Le couple « pot de yaourt » n’est pas une fatalité si la répartition s’accompagne d’un vrai dialogue et de respect. Mais lorsque les rouages sociaux et fiscaux continuent d’alourdir la barque des femmes, il est temps de changer de recette. À quand la fin des inégalités de patrimoine et de revenus dans le couple ? Reste à faire rimer amour avec justice… et à veiller à ce qu’au fond du frigo, chacun retrouve sa part équitable.











