Sur les trottoirs, un phénomène se multiplie à vue d’œil et ne manque pas de faire sourire les observateurs attentifs : la pousse de poussette à une main, apparemment devenue le sport favori de nombreux parents (surtout pères). Qu’est-ce qui se cache derrière ce monopoussing, moitié style, moitié mystère ? Enquête sur une drôle de façon d’arpenter le monde avec son enfant…
Image du futur : les anthropologues et le puzzle de la monopoussée
Bien des années plus tard, lorsque nos descendants regarderont les images de nos rues dans les années 2020, ils risquent fort de s’interroger. Pourquoi diable voyait-on tant de pères poussant la poussette d’une seule main, alors que les mères optaient, dans leur grande majorité, pour la version à deux mains ? Est-ce une histoire de morphologie, de centre de gravité ou tout simplement la taille des mains — une question de prise, comme au bowling ? L’hypothèse est tentante : une main solidement posée au centre, et la poussette obéit sagement, tel un gouvernail digne des meilleurs capitaines. Mais patatras, ce mystérieux monopoussing s’observe aussi sur les fameuses poussettes “cannes”, dépourvues de barre centrale. Hum, l’énigme s’épaissit.
Poches, sacs, et mains libres : des théories à foison
Passons à l’atelier des hypothèses : peut-être que les hommes, quelque peu dépourvus de sacs à main par rapport aux femmes, gardent leurs affaires dans la main restée libre. Mais la réalité déjoue la logique : les monopousseurs n’hésitent pas à accrocher leur sac directement sur la poussette, libérant parfois les deux mains au passage.
On imagine alors qu’ils ont simplement besoin d’une main pour fumer, téléphoner ou… réchauffer une main glacée dans la poche. Malheureusement, ce privilège n’est pas exclusivement masculin : les femmes aussi savent jongler entre clope, smartphone et frissons. Bref, aucune de ces explications ne tient tout à fait la route en solo.
Pressent-on une volonté secrète de susciter l’envie chez leurs pairs, en exhibant le nec plus ultra de la poussette maniable, voire munie d’une direction assistée ? Il faut bien avouer qu’un tel modèle est du plus bel effet avenue de la mode parentale.
Monopoussing et paternité : l’art de la distance élégante ?
Le soupçon plane alors : et s’il s’agissait d’une manière subtile de prendre – ou d’afficher – de la distance avec sa paternité ? Une façon de dire, en poussant la poussette du bout des doigts et l’air détaché : “Oui, je suis père mais je n’en fais pas tout un plat. Observez plutôt ma main gauche, qui vit sa vie, indépendante…”
Ce geste aurait-il des vertus psychologiques ? Certains y voient une volonté de ne pas sombrer dans l’hyper-parentalité : être investi mais savoir doser, en restant à bonne distance émotionnelle – et physique. Cerise sur le gâteau, cette technique confère au pousseur la possibilité d’avancer côte à côte avec l’enfant, et non plus juste derrière, pour une forme de compagnonnage piétonnier. De quoi changer la dynamique de la promenade… ou du moins, de la photo collective.
Héritages corporels et prouesses du quotidien
Rien ne sort de nulle part : à l’âge de 8 ans déjà, certains roulaient fièrement à vélo sur une seule main – ce qui laisse à penser que le corps conserve ces réflexes longtemps. À la cafétéria, au temps du restaurant universitaire, puis à celui de l’entreprise, la tradition continue : porter son plateau d’une main, quitte à raser les murs façon funambule. Au jardin, même scénario pour la tonte de pelouse ; au volant, certains oseraient même confier la direction… à leurs genoux – mais ça, c’est une autre histoire (et pas franchement à reproduire).
- Style de conduite hérité depuis l’enfance
- Volonté de multifonctionnalité : garder une main libre “au cas où”
- Recherche d’un équilibre entre implication paternelle et saine distance
En conclusion : monopoussing, nouvel art de vivre ?
Difficile de trancher parmi ce concert de théories sans consensus. Qu’il soit question d’habitude corporelle, de différenciation sociale ou d’un subtil mélange des deux, la pousse de poussette à une main a visiblement de beaux jours devant elle. Et si vous en doutiez, observez donc le prochain accotement : peut-être verrez-vous passer, triomphant, un père d’un seul bras, naviguant sereinement entre les flaques, le biberon dans une main, la liberté dans l’autre…











