People & Baby sort enfin de son silence après le scandale qui a secoué le monde de la petite enfance. Mais entre grand discours, opérations de communication et vraies mesures, comment distinguer la révolution de la poudre aux yeux ? Décryptage d’une annonce qui, au moins, ne manque pas d’emphase !
Un manifeste dévoilé en toute discrétion
Un peu plus d’un mois après la publication du livre choc de Victor Castanet mettant en lumière les dérives des crèches privées lucratives et citant nommément le géant People & Baby, l’entreprise a enfin pris la parole. Un manifeste, publié discrètement sur le site du groupe – si discret qu’il avait déjà disparu de la page d’accueil le mardi suivant – et partagé sur LinkedIn (où des utilisateurs s’étonnaient déjà de la suppression de certains commentaires), marque ce mea-culpa longtemps attendu. Enfin, « mea-culpa »… avec quelques pincettes !
Le ton adopté est solennel : « Il y a des moments qui bouleversent tout. Des moments qui obligent à s’arrêter, à regarder autour de soi, et à prendre conscience que certaines choses ne peuvent plus continuer. » Le livre « Les Ogres » est reconnu pour avoir révélé des pratiques désormais bannies de l’entreprise. Le manifeste admet qu’il a cristallisé une crise de confiance, profondément ressentie par People & Baby.
Des promesses… et des actes ?
Dès l’abord, l’entreprise cherche à rassurer ses publics, parents comme professionnels : « Ce livre a mis en lumière des pratiques inacceptables du passé. Il nous a bouleversés, comme vous. Il nous a fait comprendre que nous devions aller encore plus loin, et encore plus vite, pour changer. Mais la transformation avait déjà commencé. »
Parmi les gestes annoncés, People & Baby met en avant :
- L’arrivée d’un nouveau président en avril dernier, Philippe Tapié, présentée comme le tournant d’une « nouvelle ère ».
- Une révision complète de la politique nutritionnelle.
- La création d’une ligne de signalement anonyme, ouverte à tous les collaborateurs, censée permettre à chacun de s’exprimer sans crainte.
La direction pousse même l’exercice jusqu’à annoncer : « Nous avons décidé d’éteindre les plaintes en cours contre les parents et les médias. Parce que nous avons choisi la voie du dialogue et de la transparence. » Un changement de stratégie notable, compte tenu de la gestion passée des alertes signalées par les familles ou professionnels, souvent suivies de plaintes en diffamation ou de sanctions internes – un point relevé récemment par Victor Castanet.
Transparence ou effet d’annonce ?
Le mot « transparence » s’impose comme le mot d’ordre de cette renaissance tant vantée, répété pas moins de trois fois dans le manifeste. Mais People & Baby affirme que la transparence, ça se prouve surtout par les actes. Ainsi, sont promis dans les prochaines semaines :
- Des audits externes et indépendants afin d’examiner crèches, sécurité, accueil et gestion des équipes.
- Une refondation culturelle en interne, par approche participative : chaque collaborateur, professionnel, parent, aurait désormais son mot à dire.
- Le lancement d’un réseau d’ambassadrices pour recueillir idées, retours et besoins des premiers concernés : celles et ceux qui sont quotidiennement avec les enfants.
Paroles contre réalité : la vigilance du terrain
La lumière brille-t-elle vraiment de l’intérieur, ou s’agit-il d’un simple cirage de blason ? Pour y voir plus clair, le SNPPE (Syndicat National des Professionnel·les de la Petite Enfance) n’a pas tardé à réagir et lance un questionnaire à destination des pros de chez People & Baby. Objectif : confronter le « Nouveau Départ, Ensemble » affiché par la direction à la véritable réalité du terrain. Gage de sincérité, ou vœu pieu de management ? Le doute persiste.
Autre ombre au tableau : alors que la crédibilité et la confiance sont en jeu, le groupe annonce à ses salariés dès le 29 octobre un retard de paiement des salaires pour cause de problème de trésorerie. Quand la crise de confiance rejoint la crise financière…
Conclusion : révolution ou simple coup de com’ ?
People & Baby promet la transparence, le dialogue et la refonte. Mais la route vers la confiance retrouvée est encore longue, et seuls les retours du terrain diront si les mots laissent place aux actes. Une chose est sûre : la vigilance reste de mise, parents comme professionnels ayant pleinement gagné ce droit de regard sur les institutions qui accueillent nos enfants. Reste à espérer que le nouveau People & Baby saura saisir cette « opportunité » pour se réinventer… pour de bon !











